vendredi 27 mai 2016

Même si je suis pour la dérèglementation du taxi et "l'innovation", je n'appuie pas Über


En constatant tout l'engouement que suscite Uber auprès de certaines personnes, je n'ai pas pu m'empêcher de faire un parallèle avec l'espèce de dépendance quasi-érotique dont plusieurs peuvent être victimes concernant leur appareil de téléphone "intelligent".

Vous savez, ce bidule pour lequel certains ados sont prêts à la crise de bacon si on leur enlève le temps d'un cours en classe... Symptômes: convulsions, cris incompréhensibles, coups dans les murs, écume à la bouche, auto-mutilation, violence, pensées suicidaires... on leur arracherait un organe à froid avec des grosses mains sales, et ça ne serait pas si pire.

Le permis de travailler

J'utilise très peu le taxi. Dans ma ville... c'est arrivé une fois il y a 7-8 ans. La possibilité grandit si je suis en voyage, sans ma voiture. Je l'ai utilisé 5-6 fois à Montréal au cours des 10 dernières années. J'ai aussi utilisé le taxi jaune à New York, Toronto les voitures oranges, et en Europe de l'Est jusqu'en Ukraine. Du taxi dans une voiture sport moderne pour une bouchée de pain, les Dacia Logan de Chisinau ou bien dans une Volga soviétique de 25 ans à Odessa, une expérience en soi. Au Québec, les chauffeurs de taxi paient jusqu'à 250 000 $ pour avoir le droit de travailler. Ceux qui n'ont pas de permis doivent en louer un. Ce permis devenu très dispendieux dans un jeu contrôlé d'offre et de demande, devient en quelque sorte une forme d'esclavage qui au bout de la ligne gonfle le tarif au client.

Quand ça m'a coûté 100$ pour me rendre de Saint Lambert sur la rive sud de Montréal jusqu'à l'aéroport de Montréal Trudeau en vieille Camry multicolore à la suspension défoncée et aux freins qui crient, ce n'est pas que le chauffeur s'est mis cet argent dans la poche et a soustrait son essence. Il a payé son permis de travailler, ou encore, loué un permis.

Une Dacia Logan taxi à Chisinau. En 2009, je pouvais traverser la ville pour 6$ CAN, tout en laissant un pourboire, quelque chose que le chauffeur n'était pas habitué à recevoir.

Uber veut remplacer le permis par SA taxe de 25%. Pire, une journée que la demande est plus forte, ils pourraient bien se prendre un 25% sur un 200 $ grâce à "l'innovation" du "price surge". Lors de soirées du jour de l'an, on a déjà vu des courses de 500 $... mais n'allez pas comprendre pourquoi la cliente qui s'est plaint du prix a accepté la course... les facultés affaiblies devaient avoir été confiées au téléphone...

Uber remplace une injustice par la sienne, celle d'un monopole pour le moment qui fixe ses conditions, en donnant très peu de service à la fois aux chauffeurs qu'à ses clients. Dans n'importe quelle industrie, l'intermédiaire qui met en contact un client et un fournisseur de service, 25% c'est déraisonnable, un abus. Si on libère de l'esclavage du permis de travailler, ce qui est souhaitable, ce n'est pas pour instaurer et légitimer un autre abus...

Bref, le permis de taxi rend le taxi non-concurrentiel. Si Uber peut prélever autant de pourcentage, c'est parce que les prix du taxi sont déjà gonflés. Abolisez les permis de taxi, et vous rendez l'industrie d'un coup plus apte à concurrencer le taxi pirate, l'auto-solo, et le coût du stationnement à l'aéroport le temps d'un voyage.

Mais pour faire cette déreglementation... vous devez compenser les propriétaires de permis actuels. Au cas où certains l'auraient oublié à droite, comme des carrés rouges issus du modèle québécois, nous sommes dans un état de droit. Même si le système était mauvais du départ, ce n'est pas une raison pour dire à celui qui s'est endetté pour son permis que son permis ne vaut plus rien et ne permet plus de travailler.

L'idée la plus réaliste pour payer cette compensation, c'est de faire une taxe spéciale... On en sort pas. D'une manière plus injuste, à la suggestion de l'économiste Vincent Geloso, on taxe tous les automobilistes à l'immatriculation, afin dit-il, d'encourager à diminuer le nombre de véhicules sur les routes. C'est bien beau utiliser l'argument vert régressiste pour le principe du "partage", mais on applique ce que l'on trouvait déjà injuste pour financer le transport en commun! Faire payer tout le monde pour un service qu'ils n'utilisent pas, parfois, ils ne peuvent même pas l'utiliser! Cette suggestion épargne le géant Uber d'être taxé, surtout réglementé (beaucoup plus légèrement que le taxi qu'on veut déreglementer), ce qui épargne surtout le 25% très généreux que Uber se prélève.

Une taxe pour compenser le rachat des permis de taxis devrait être prélevée sur Uber. Pourquoi pas? Si Uber peut se prendre 25%, la SAAQ ou le MTQ peut bien se prendre un petit pourcentage là-dessus. D'un coup, le concept d'utilisateur payeur ne serait plus bon pour notre "droite innovante"?

Gardons le focus: Déreglementer dans l'état de droit et principe de l'utilisateur-payeur.

L'imposture de l'économie du partage

Bien sûr, Uber permet à des gens de partager une course entre deux points donnés. Un conducteur prêt à faire entrer un inconnu dans son véhicule, et un inconnu qui souhaite se rendre rapidement à un endroit où le conducteur va déjà... L'automobiliste "ordinaire" peut diminuer ses frais de possession d'une voiture en faisant monter à bord des passagers... Mais l'autre réalité que l'on ignore volontairement lorsqu'on dit "économie du partage" c'est que cela ne considère pas que lorsque le chauffeur Uber "fait du temps", passe d'une course à l'autre, agit EXACTEMENT comme un chauffeur de taxi... cela est en réalité du taxi, pas du "covoiturage urbain".

Parce qu'une minorité l'utiliserait en coivoiturage urbain, et que le reste représenterait du taxi "innovant" sans règlementation, on passerait ça sous le couvert de l'économie de partage. Si on est honnêtes, on embarque pas là-dedans. Un chauffeur Uber qui offre des courses pour gagner de l'argent, pas pour partager son siège passager, c'est du taxi pirate.

L'innovation pour le covoiturage est pertinente, celle pour le taxi, c'est de la fraude, de la tricherie. C'est pourtant la même technologie, la même innovation. Comment "partager" les deux réalités?

Personne n'y a répondu jusqu'à maintenant.

Ajoutez le concept de réduction des gaz à effet de serre par déclaration de guerre à "l'ennemi juré" qu'est l'automobiliste seul dans son auto (vous savez, celui qui vient de déposer sa conjointe au travail, les enfants à la garderie, et qu'il reste 2 kilomètres à faire avant d'être rendu au bureau) et vous avez du pipi de chat, ou du caca de buffle en concentré. Libertophobie, anti-individualisme, collectivisme bien partagé entre les merveilleuses intentions et sentiments, qui pavent la route de l'enfer corporatiste sans partage.

Parce que le corporatisme des syndicats de taxi, ou bien celui de Uber... c'est du corporatisme. L'intérêt du citoyen, du consommateur, n'est pas là.

Les lobbyistes bénévoles

Avec toute l'énergie déployée par certains dans les médias, ces commissions parlementaires, prises de position sur les médias sociaux, j'espère que ces pauvres bougres au service de Uber ont touché des "redevances" tirées du 25% de commission que Uber se donne... J'ose pas imaginer qu'ils ont fait ça "pro bono"... Comment être aussi dévoué, partial, au sens critique à sens unique, sans se sentir soi-même quelque peu lobbyiste? ...comme Guy Chevrette.

Vous pourrez toujours dire que "Brouilleur d'ondes est un sale communiste dans le placard qui est contre l'innovation"... et vous aurez démontré que vous n'avez rien compris de tout ce que je viens d'écrire, même si je me suis donné la peine d'expliquer longtemps...

Le rêve du Brouilleur

Savez-vous de quoi je rêve? C'est d'une application open source gratuite qui va faire s'écrouler le futur monopole de Uber... Les partageux pourront partager, nous foutre la paix avec leur érotisme de l'égo au selphone, le chauffeur ne se fera plus escroquer autant que 25% de ses revenus qui vont à une entreprise évadée dans un paradis fiscal. Tout le monde sera content, et moi je resterai seul dans mon auto, parce que c'est mon choix, ma liberté, ce que j'ai payé.

Parce que si je paie une auto... c'est pas pour jaser avec des inconnus, sentir leurs flatulences, leur d'sous de bras et leur haleine du matin. Ma voiture, ma bulle, ma liberté, zone privée à ma famille, inconnus non admis au présent, au passé, et pour l'avenir aussi. L'innovation se retrouve dans le volant que je tiens et les commandes de la radio, le gps, mon dispositif mains libres bluetooth.

Pis... je n'ai pas le goût de confier le volant à un ordinateur. Je veux conduire aussi longtemps que mes capacités physiques et intellectuelles me le permettront.

***

Archives du blog