mardi 28 mars 2017

Quand j'en ai assez de la victimisation des professeurs, je ne dis seulement que la vérité

Il y a plusieurs façons d'exprimer son point de vue, "d'enseigner" sa pensée. Sur Facebook maintenant, on a les "fake news", les tirades politiques pas toujours fondées, les vidéos de chats, les gifs amusants, les "meme", et... les chialages de professeurs syndiqués.

PREMIÈREMENT, ON VA RÉGLER UNE CHOSE DÈS LE DÉPART: LA VOCATION D'ENSEIGNER AUX ENFANTS EST QUELQUE CHOSE DE NOBLE.

Mais...

Il y a quelque chose que nous devrions discuter un peu plus, surtout lorsqu'ils se plaignent sans cesse, que l'argumentaire victimisant sert à un agenda syndical, et que franchement, ils n'ont pas l'air heureux dans leur rôle, encore moins "passionnés" de leur profession.

IL Y A PLEIN DE PROFESSEURS QUI N'ONT PAS LA VOCATION, QUI SONT LÀ POUR UNE PENSION APRÈS 35 ANS DE SERVICE, L'ENSEIGNEMENT EST UNE "JOB" POUR EUX.

PARMI EUX... IL Y A UN GRAND NOMBRE D'INCOMPÉTENTS QUI FONT DES DOMMAGES DURABLES À DES GÉNÉRATIONS MONTANTES ET IL N'EXISTE AUCUN FREIN POUR CONTRÔLER CES DOMMAGES.

Je ne m'excuserai pas de le dire, de le répéter, parce que c'est vrai, et que les enseignants honnêtes, les bons, le savent.

Aux enseignants qui liront ça, il y en aura... Parce que pour certains, entre deux corrections le soir, l'obsession est à trouver des choses à poster sur son mur Facebook pour rappeller que EUX ils sont plus importants que nous, et qu'ils font pitié, parce que les enfants sont des petits monstres... leurs parents sont des abrutis... que c'est si difficile d'avoir des enfants avec des difficultés dans leur classe, et que ça leur empêche d'être des "bons enseignants" pour leur modèle d'enfant idéal: la "bollée" qui amène une pomme sur le bureau de l'enseignante le matin.

Cliquer pour agrandir: Ce prof 1) Over-react 2) A un entourage qui manque de classe, s'il existe


Une chose qui fait qu'un être humain est digne de partager son savoir et son expérience, c'est un peu son humilité. Il ne cherchera pas à avoir de récompense pour son "héroïsme" relatif. Il ne cherchera pas à avoir les fleurs absolument, et lorsqu'on le remerciera et félicitera pour son travail remarquable fait avec passion, il deviendra mal à l'aise, et répondra, "de rien, je n'ai fait que mon travail".

Le travail passionné n'est pas difficile... il est plus facile à faire que la corvée pénible. Les choses relativement difficiles pour la personne moyenne deviennent faciles pour eux...

Or, qu'est-ce qu'on entend des enseignants du Québec? Ils veulent plus d'argent, ils veulent moins d'enfants par classe, il ne veulent pas notre enfant "différent" dans leur classe, ils veulent recevoir des fleurs pour avoir fait... leur travail... et ils ne veulent pas se faire dire "non" lorsqu'on évalue que leur demandes coûteraient trop cher à la province importante la plus pauvre du Canada, et la plus taxée. Ils ne veulent pas se faire dire que leurs demandes représenteraient un fardeau déraisonnable pour des parents qui paient les impôts qui paient leurs services, parents qui n'ont ni sécurité d'emploi, ni fonds de pension à prestations déterminées, et qui parfois, ont étudié plus longtemps qu'un enseignant du primaire ou du secondaire.

On a demandé si cela était possible d'avoir un ordre professionnel pour fixer un cadre à la rigueur de l'enseignant moyen du Québec, oeuvrant au public... fixer des normes mininales, comme n'importe quel employé, ou professionnel, peut avoir. L'avocat a le Barreau, le médecin a le Collège des médecins, l'infirmière a l'Ordre des infirmières, la radio et la télévision ont le CRTC.

L'Ontario a un ordre professionnel pour les enseignants. Pas moyen d'en avoir un pour ceux du Québec: Ils seraient déjà les meilleurs au monde, pourquoi les évaluer?

Je me souviens...

Je me souviens de Suzette en anglais qui parlait français tout le cours, parlait contre le gouvernement libéral de Bourassa, et disait que l'entrepreneur qui avait tenté de résister à la CSN, Raymond Malenfant, était l'antéchrist. On savait comment la "starter" pour qu'elle parte pour tout le cours de 75 minutes, et qu'au bout, on ne travaille pas... Moi je dessinais.

Je me souviens de cette femme malheureuse et frustrée, en français. Elle avait d'énormes boucles d'oreilles. Je me souviens qu'elle me détestait parce qu'elle savait que je pouvais passer son cours sans son aide. Je me souviens qu'elle s'est déjà plainte à des parents qu'une de ses élèves en "classe enrichie" faisait descendre "sa moyenne" (C'était pas moi, je n'étais pas en enrichi... je voulais dessiner).

Je me souviens d'un autre enseignant, toujours en français, qui banalisait l'usage de la marijuana devant une classe de jeunes de 15 ans. Il racontait qu'il avait eu des soirées sous les paradis artificiels lorsqu'il était enseignant dans la merveilleuse région de Sept Iles. Pas nécessairement un mauvais gars, pas un mauvais prof de sa matière, mais un manque de jugement évident.

Je me souviens de la plupart de ces professeurs d'ECC (Éducation choix de carrière) qui n'aidaient en rien le choix de carrière, mais un en particulier qui parlait souvent de planche à voile, et qui avait amené une planche à voile en classe. Ce "cours" était une méchante perte de temps! J'ai toujours trouvé que la planche à voile, c'était surtout l'fun pour celui qui en faisait... et moi j'ai jamais trippé à être un caca qui flotte parmi les autres cacas dans notre beau fleuve brun-gris.

Je me souviens de ces centaines d'heures perdues en enseignement religieux avec des professeurs aux bas bruns. Une fois, j'ai du me mettre à crier, et renverser un bureau, parce qu'à la sortie de la classe, quelqu'un m'avait volé mon étui à crayon, et que le professeur aux bas bruns que l'on appelait Romain Germons (son vrai nom avec des syllabes inversées) n'avait pas eu la présence d'esprit de demander à la sortie: "Donnez-lui son étui sinon personne ne sort". Encore une fois, fallait se débrouiller sans le professeur. J'ai eu mon étui, par moi même.

Je me souviens de tous ces professeurs de mathématiques blasés. Guy qui sentait très mauvais, pas juste la cigarette, mais le fermenté. Denis, très barbu, qui était en classe avec ses sandales de cuir, parfois mettait ses pieds sur le bureau et ouvrait le journal. Pas nécessairement les pires professeurs... mais pas des bons non plus... Aucune passion, fait un travail sans conviction. Attend d'avoir son 35 ans.

Je me souviens aussi de Ginette en économie familiale qui en a vu de toutes les couleurs. On lui imposait des garçons qui n'en avaient rien à foutre de coudre des bermudas. Pauvre elle, elle semblait en dépression nerveuse, et à 14 ans, tu ne donnes aucune chance. Un comique avait amené des grenouilles en classe... moi j'avais mon tire-pois... et j'ai eu de sa part trois samedis matin de retenue, c'est mon principal faits d'armes. En secondaire 2, on essaie toujours de ne pas trop être la victime d'intimidation, donc, mieux vaut s'allier avec les tannants quand on le peut.

Je me souviens de Marc qui accrochait des élèves avec des remarques à l'emporte-pièce, des remarques qui parfois dépassaient les limites, qui pouvaient ébranler un jeune déjà victime d'intimidation. Il a appelé Sylvain dans la classe, un peu perdu, les cheveux longs, "le roi de la forêt". Sylvain était un bully. Mais le petit bonhomme à lunettes, lui aussi pouvait y passer, et les bullies prenaient des notes.

Je me souviens de tous ces professeurs impassibles devant l'intimidation, voulant fumer leur cigarette en paix pendant la récréation.

Je me souviens de d'autres, des professeurs exemplaires, Denis qui était jeune et donnait des cours d'architecture, Sergine qui ne pouvait pas me punir parce qu'elle aimait ma tête blonde, même lorsqu'elle s'est rendue compte que j'ai déchiré des pages dans mon cahier de leçons où elle avait écrit un message à ma mère. Il y avait Lucie qui semblait sortir des religieuses, qui  imposait la prière en classe à tous, mais semblait vraiment aimer tous les enfants de sa classe, et les enfants, même les tannants, l'appréciaient. Yvon, passionné d'histoire, qui avait décoré sa classe avec des drapeaux, avait monté une collection de documentaires passionnants, un avant-gardiste qui aurait davantage du servir d'exemple.

J'ai été au public. J'ai eu des meilleurs, et des pires. Quand j'entends les profs se plaindre... je crois entendre les pires.

Vous ne me ferez jamais croire que c'est justifié de s'inventer de telles bandes dessinées insignifiantes qui ne représentent rien, sauf de la victimisation de quelqu'un qui chercherait à recevoir des fleurs, sans nécessairement les mériter.

Les profs font leur travail: Certains avec passion, d'autres pour la pension. C'est pas tous des héros, aucun n'appelle des parents le soir pour leur dire que leur enfant est le meilleur (le courriel ça existe aussi).

Les meilleurs ne devraient pas s'abaisser à publier de telles... choses. Et puis, à un moment donné, revenez-en. La vie n'est pas facile pour beaucoup de gens. Get a life.

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dimanche 5 mars 2017

Comment "America first" devient "Russia first": Trump, Poutine et la nouvelle guerre froide

Belle représentation d'une attaque du Kremlin sur la Maison blanche (source: Capture d'écran du New Yorker)
Cela fait des semaines que je veux écrire sur le sujet, et le temps me manque cruellement. En fin de semaine je suis tombé sur cet article du New Yorker qui exprime pas mal ce que je veux dire à ce sujet (merci aux recherchistes).

http://www.newyorker.com/magazine/2017/03/06/trump-putin-and-the-new-cold-war

Pourquoi Michael Flynn est tombé, et pourquoi il avait été nommé d'abord à ce poste? Où s'en va cette administration fraîchement arrivée à la Maison blanche dans le malaise le plus total, dans cette transition cahotique et ces liens nauséabonds avec la dictature poutiniste?

La sympathie de Trump pour Poutine n'est pas qu'un simple flirt, qu'une admiration compulsive de Trump envers les "hommes forts", mais ce que l'on découvre, c'est une moralité inquiétante qui fait que le profit personnel passe devant le patriotisme, et les valeurs profondément ancrées dans la constitution des États-Unis, et ce que l'on a longtemps l'exception américaine.

Tout est à vendre au plus offrant... Et Poutine vaudrait à peu près trois fois Bill Gates, avec une fortune évaluée à de près de 200 milliards: Il peut donc tout se permettre avec l'argent qu'il a volé au peuple russe.

Cela vaut pour la Maison blanche, le Pentagone, et l'Élysée, dans cette campagne à venir cette année en France.

Donc, je me lance dans la traduction libre, que je commenterai, et auquel j'ajouterai des liens.

P.S. Ne comptez pas sur la radio de Québec pour vous parler de ça.

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Traduction libre de l'article "Trump, Putin, and the new cold war - What lay behind Russia’s interference in the 2016 election—and what lies ahead?"
disponible vers ce lien: http://www.newyorker.com/magazine/2017/03/06/trump-putin-and-the-new-cold-war

Trump, Poutine, et la nouvelle guerre froide
Ce qu'il reste de l'interférence russe dans l'élection de 2016, et ce que cela annonce
1. Les cibles "molles" (soft targets).
Le 12 avril 1982, Yuri Andropov, président du KGB, a ordonné aux agents des services secrets à l'étranger de mener des «mesures actives» - ktivniye meropriyatiya - contre la campagne de réélection du président Ronald Reagan. Contrairement à l'espionnage classique, qui consiste à recueillir des secrets étrangers, des mesures actives visent à influencer les événements: affaiblir un pouvoir rival avec des faussetés, des organisations paravent et d'innombrables autres techniques affinées pendant la guerre froide. Les dirigeants soviétiques considéraient Reagan comme un militariste implacable. Selon des notes détaillées faites par Vasili Mitrokhin, un haut gradé du KGB, officier et archiviste qui a fait plus tard défection en Grande-Bretagne, les renseignements soviétiques tentèrent d'infiltrer le siège des comités nationaux républicains et démocrates: Ils popularisent le slogan «Reagan signifie la guerre!» et discréditent le président comme un serviteur corrompu du complexe militaro-industriel. 

Cela ne vous rapelle pas quelque chose? Le slogan utilisé en 2016, c'était: "Clinton veut la guerre nucléaire". 

L'effort n'a pas eu l'effet escompté. Reagan a remporté quarante-neuf des cinquante états.

Des mesures actives ont été utilisées par les deux parties tout au long de la guerre froide. Dans les années quatre-vingt-dix, les agents de renseignement soviétiques répandent une rumeur selon laquelle le gouvernement américain a été impliqué dans l'assassinat de Martin Luther King, Jr. Dans les années 80, ils ont répandu la rumeur selon laquelle les renseignements américains avaient «créé» le virus du SIDA à Fort Detrick au Maryland. Ils ont régulièrement soutenu les partis de gauche et les insurrections. La CIA, pour sa part, a travaillé à renverser les régimes en Iran, à Cuba, en Haïti, au Brésil, au Chili et au Panama. Elle a utilisé des paiements en espèces, de la propagande et parfois des mesures violentes pour balancer les élections loin des partis de gauche en Italie, au Guatemala, en Indonésie, au Vietnam du Sud et au Nicaragua. Après l'effondrement de l'Union Soviétique, au début des années 90, la CIA a demandé à la Russie d'abandonner les mesures actives pour répandre la désinformation qui pourrait nuire aux États-Unis, ce que la Russie promis de le faire. Mais quand Sergey Tretiakov, le chef de la station de renseignement russe à New York, a fait défection en 2000, il a révélé que les mesures actives de Moscou n'avaient jamais diminué: "Rien n'a changé", a-t-il écrit en 2008. "La Russie fait tout ce qu'elle peut aujourd'hui pour embarrasser les Etats-Unis"
Vladimir Poutine, qui est toujours prompt d'accuser l'Occident d'hypocrisie, pointe fréquemment cette histoire. Il voit en ligne droite le soutien de l'Occident aux «révolutions des couleurs» anti-moscovites en Géorgie, au Kirghizistan et en Ukraine, qui ont causé la chute des dirigeants corrompus de l'ère soviétique et appuyer les soulèvements du printemps arabe au Moyen orient. Il y a cinq ans, il a blâmé la secrétaire d'État Hillary Clinton pour les manifestations anti-Kremlin dans la place Bolotnaya de Moscou. "Elle a donné le ton à certains de nos acteurs dans le pays et a donné le signal", a déclaré Poutine. "Ils ont entendu cela et, avec le soutien du Département d'État américain, ont commencé à travailler activement." (En réalité, aucune preuve n'est fournie pour l'accusation.) Il considère les agences non gouvernementales et les groupes de la société civile comme le National Endowment for Democracy, Human Rights Watch, Amnesty International, et le groupe de surveillance des élections Golos d'être des instruments à peine déguisés, pour soutenir un changement de régime.

Les responsables américains qui administrent ce système que Poutine considère comme un réel danger existentiel pour le sien, rejettent sa rhétorique comme étant «le whataboutism» (référence en anglais), une stratégie de fausses équivalences morales. Benjamin Rhodes, conseiller adjoint de la sécurité nationale sous le président Obama, est parmi ceux qui rejettent la logique de Poutine, mais il a dit: "Poutine n'est pas entièrement faux", ajoutant que, dans le passé, "nous avons engagé un changement de régime dans le monde. Il y a juste assez de corde pour lui pour nous accrocher. "*

La campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis a suscité un vif intérêt pour Poutine. Il détestait Obama, qui avait appliqué des sanctions économiques contre les copains de Poutine après l'annexion de la Crimée et l'invasion de l'Ukraine orientale. (La télévision d'Etat russe a ridiculisé Obama comme «faible», «non civilisé» et «eunuque».) Clinton, selon Poutine, était pire - l'incarnation de la souche interventionniste libérale de la politique étrangère des États-Unis, plus hautaine qu'Obama Obstacle à la fin des sanctions et à la réévaluation de l'influence géopolitique russe. Dans le même temps, Poutine flatté Trump, qui a été exceptionnellement positif dans ses déclarations sur la force de Poutine et son efficacité comme "leader". Dès 2007, Trump a déclaré que Poutine "faisait un excellent travail en reconstruisant l'image de la Russie et aussi en reconstruisant la période russe". En 2013, avant de visiter Moscou pour le concours de Miss Univers, Trump s'est demandé, dans un tweet, s'il allait rencontrer Poutine et, «si c'est le cas, deviendra-t-il mon meilleur ami?» Pendant la campagne présidentielle, Trump s'est réjoui de dire que Poutine était un chef supérieur qui avait transformé l'administration Obama en administration «risible».
Pour ceux qui s'intéressent aux mesures actives, l'ère numérique a présenté des possibilités beaucoup plus séduisantes que n'importe quoi de disponible à l'ère d'Andropov. Les comités nationaux démocrates et républicains ont offert ce que les spécialistes de la cybersécurité appellent une grande «surface d'attaque». Attachés à la politique au plus haut niveau, ils ne sont pas protégés par les défenses offertes aux institutions gouvernementales sensibles. John Podesta, président de la campagne de Hillary Clinton et ancien chef de cabinet de Bill Clinton, avait toutes les raisons d'être conscient du caractère fragile des communications modernes. En tant que conseiller principal à la Maison-Blanche d'Obama, il a été impliqué dans la politique numérique. Pourtant, il n'avait même pas pris la peine de recourir à la défense la plus élémentaire, la vérification en deux étapes, pour son compte de courrier électronique.
"La réponse honnête est que mon équipe et moi étions sur-dépendants sur le fait que nous étions assez prudents au sujet de ce que nous cliquons," a indiqué Podesta. Dans ce cas, il a reçu un e-mail de phishing, apparemment de "l'équipe Gmail", qui l'a exhorté à changer son mot de passe immédiatement. Un employé spécialisé dans les technologies de l'information "I.T." qui a été invité à le vérifier l'authenticité de la demande, a par erreur, répondu qu'il s'agissait d'un courriel légitime.

Le paysage politique américain offrait aussi une cible particulièrement douce pour la "dezinformatsiya", de fausses informations destinées à discréditer la version officielle des événements, ou la notion même de vérité. Selon le Centre de recherche Pew, les Américains n'avaient jamais été aussi divisés selon les idéologies depuis vingt ans. La confiance américaine dans les médias traditionnels était tombée à un niveau historiquement bas. L'environnement médiatique fracturé a semblé engendrer des théories de conspiration sur tout, depuis le lieu de naissance de Barack Obama (prétendument le Kenya) jusqu'aux origines du changement climatique (un canular chinois). Trump, dans la construction de son identité politique, a promu de telles théories.
"Les sociétés libres sont souvent divisées parce que les gens ont leur propre point de vue, et c'est ce que les anciens renseignements soviétiques et russes actuels essaient de tirer profit", a dit Oleg Kalugin, un ancien général du KGB, qui vit aux États-Unis depuis 1995. «L'objectif est d'approfondir les divisions». Une telle stratégie est particulièrement précieuse lorsqu'un pays comme la Russie, qui est considérablement plus faible qu'il ne l'était au plus fort de l'ère soviétique, mène une lutte géopolitique avec une entité beaucoup plus forte.

Au début de janvier, deux semaines avant l'inauguration de Trump, James Clapper, le directeur de la National intelligence, a publié un rapport déclassifié concluant que Poutine avait ordonné une campagne d'influence pour nuire aux perspectives électorales de Clinton, fortifier Donald Trump et "saper la foi public dans les processus de la démocratie américaine". Le rapport déclassifié fournit plus d'assertions que de preuves. Les agents de renseignement disent que cela est nécessaire pour protéger leurs méthodes de collecte d'informations.

Rappelez-vous qu'alors qu'il était à peine nommé candidat présidentiel républicain à l'été 2016, Trump disait que le processus était truqué, que l'élection allait être détournée... Que savait-il? Est-ce qu'il avait eu des instructions de ses stratèges outre-mer?
Les critiques du rapport ont noté à maintes reprises que les services de renseignement américains, dans les mois précédant la guerre en Irak, avaient approuvé des évaluations erronées concernant les armes de destruction massive. Mais la communauté du renseignement était profondément divisée sur l'ampleur réelle du développement des armes en Irak; La question de la responsabilité de la Russie pour les cyberattaques lors de l'élection de 2016 n'a pas provoqué un tel tumulte. Dix-sept agences de renseignement fédérales ont convenu que la Russie était responsable du piratage.

Dans un témoignage devant le Sénat, Clapper a décrit un effort sans précédent de la Russie pour s'ingérer dans le processus électoral américain. L'opération impliquait le piratage des courriels des démocrates, la publication des contenus volés via WikiLeaks et la manipulation des médias sociaux pour diffuser des «nouvelles fausses» et des messages pro-Trump.

Manipulation des médias sociaux: Phénomène des troll farms, connu déjà depuis des années:

New York Times juin 2015: https://www.nytimes.com/2015/06/07/magazine/the-agency.html?_r=0
The Guadian avril 2015: https://www.theguardian.com/world/2015/apr/02/putin-kremlin-inside-russian-troll-house

Au début, Trump a ridiculisé l'examen du piratage en tant que «chasse aux sorcières» et a dit que les attaques pouvaient provenir de quiconque - les Russes, les Chinois ou «quelqu'un assis sur son lit pesant quatre cents livres». Yevgenia Albats, l'auteur de "L'État dans un État", un livre sur le KGB, a déclaré que Poutine ne croyait probablement pas qu'il pourrait modifier les résultats de l'élection, mais, en raison de son antipathie envers Obama et Clinton, il a fait ce qu'il pouvait pour stimuler la cause Trump et miner la confiance de l'Amérique dans son système politique. Poutine n'était pas intéressé à garder l'opération secrète, Albats dit. "Il voulait le rendre aussi public que possible. Il voulait que sa présence soit connue, "et" montrer que, peu importe quoi, nous pouvons entrer dans votre maison et faire ce que nous voulons"...
2. Guerre froide 2.0 
Remarquablement, l'Administration Obama a appris l'opération de piratage seulement au début de l'été, neuf mois après que le FBI a d'abord communiqué avec la convention démocrate nationale (DNC) à propos de l'intrusion - et il était alors réticent à agir trop fortement, de peur d'être considéré comme partisans. Les dirigeants du Pentagone, du Département d'État et des agences de renseignement se sont rencontrés pendant l'été, mais ils se sont concentrés sur la façon de protéger les commissions électorales et les systèmes électoraux contre un hack le jour du scrutin.Cette prudence a aigri le cercle intime de Clinton. "Nous comprenons ce que cela implique", a déclaré un des conseillers principaux de Clinton... "Mais que se serait-il passé si Barack Obama était allé au bureau ovale ou à la chambre Est de la Maison blanche et aurait dit au peuple américain: Je vous parle ce soir pour vous informer que les États-Unis sont attaqués. Le gouvernement russe, au plus haut niveau, essaie d'influencer notre atout le plus précieux, notre démocratie, et je ne vais pas les laisser faire"... "Une grande majorité d'Américains aurait pris conscience du problème. Mon attitude est que nous n'avons pas le droit de blâmer les résultats de cette élection à qui que ce soit, mais, pour moi, c'est déconcertant, il est difficile de comprendre pourquoi une telle alarme incendie à la Maison Blanche ne nous a pas alerté".Le cercle Obama, qui critique l'équipe de Clinton pour avoir omis de sécuriser des États apparemment solides comme le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie, insiste sur le fait que la Maison blanche a agi de manière appropriée. "Qu'est-ce que nous aurions pu faire?" a déclaré Benjamin Rhodes. "Nous avons dit qu'ils le faisaient, donc tout le monde avait la base de savoir que tout le matériel WikiLeaks et les fausses nouvelles étaient liés à la Russie. Il n'y avait aucune action que nous aurions pu prendre pour empêcher les e-mails ou les fausses nouvelles de se propager. . . . Tout ce que nous pouvions faire, c'était l'exposer".En septembre dernier, lors d'un sommet du G-20 en Chine, Obama a fait face à Poutine au sujet du piratage, en lui disant de le "couper" et surtout de ne pas voter en novembre. Poutine n'a ni nié ni confirmé les efforts de piratage, mais a répondu que les États-Unis ont longtemps financé les médias et les groupes de la société civile qui se mêlent dans les affaires russes.

En octobre, à la suite de l'ingérence de la Russie, de hauts responsables de la sécurité nationale se sont réunis pour examiner un plan de réponse; Les propositions comprenaient la divulgation d'informations dommageables sur les fonctionnaires russes, y compris leurs comptes bancaires, ou une opération cybernétique dirigée à Moscou. Le secrétaire d'État John Kerry craignait que de tels plans puissent entraver les efforts diplomatiques pour faire coopérer la Russie avec l'Occident en Syrie - des efforts qui ont finalement échoué. En fin de compte, les responsables de la sécurité ont unanimement accepté de prendre une approche mesurée: l'Administration a publié une déclaration, le 7 Octobre, déclarant qu'il était convaincu que les Russes avaient piraté la convention nationale démocrate (DNC). L'Administration ne voulait pas réagir de façon excessive et amplifier le message de Trump selon lequel le vote était truqué.La Maison blanche a cherché des signes indiquant que les services de renseignement russes traversaient ce que l'un des hauts responsables de la sécurité nationale a appelé «la ligne entre l'influence clandestine et l'incidence défavorable du nombre de votes» et n'a trouvé aucune preuve. À l'époque, Clinton était en tête de la course, ce qui, selon le fonctionnaire, a renforcé la décision d'Obama de ne pas répondre plus agressivement: "Si nous avons une réponse très énergique, elle contribue effectivement à délégitimer l'élection".Ce sentiment de prudence s'est poursuivi pendant la transition, alors que Obama voulait un transfert ordonné de pouvoir. Le secrétaire d'État Kerry a proposé la création d'un groupe bipartisan indépendant pour enquêter sur l'ingérence de la Russie dans l'élection. Il aurait été modelé sur la Commission 9/11, un organe composé de cinq républicains et cinq démocrates qui ont interrogé plus de 1200 personnes. Selon deux hauts fonctionnaires, Obama a passé en revue la proposition de Kerry mais finalement l'a rejetée, en partie parce qu'il était convaincu que les républicains au Congrès considéreraient cela comme un exercice partisan. Un aide qui a favorisé l'idée dit: "La balle roule, ce qui rend difficile pour Trump de l'arrêter. Maintenant, il est beaucoup plus difficile à réaliser".
Pendant la transition, les responsables de l'administration Obama insinuaient que Trump a été en quelque sorte compromis, ou redevable, aux intérêts russes: "Les Russes font des investissements dans les personnes ne connaissant pas le résultat exact", a déclaré un responsable de l'administration. "Ils obtiennent un effet de levier sur les personnes, aussi". Aucune preuve concluante n'a encore vu le jour pour de tels soupçons sur Trump. Un autre fonctionnaire d'administration a déclaré que pendant le transfert du pouvoir, l'intelligence classifiée avait montré de multiples contacts entre les associés Trump et les représentants russes, mais rien qui montait au niveau de l'aide ou la coordination de l'interférence avec l'élection. "Nous avons eu pas clairement l'information, à ce que je sache, de collusion", a déclaré le fonctionnaire. Cette question, cependant, persiste, et sera probablement un point central pour les enquêteurs du Congrès.Le jour d'inauguration, le 20 Janvier, la preuve d'une opération russe à grande échelle avait incité la formation d'un groupe de travail mixte, y compris la CIA, le FBI, la NSA, et l'unité du Département du Trésor des crimes financiers. Trois comités du Sénat, y compris la commission du renseignement, ont lancé des enquêtes; certains démocrates craignent que l'Administration Trump va essayer d'étouffer ces enquêtes. Bien que les sénateurs de la commission du renseignement ne peuvent pas révéler des informations classifiées, ils ont les moyens de signaler leurs inquiétudes. Trois semaines après l'élection, Ron Wyden, un démocrate de l'Oregon, et six autres membres du comité ont envoyé une lettre publique à Obama, déclarant: "Nous croyons qu'il y a des informations supplémentaires concernant le gouvernement russe et les élections américaines qui devraient être déclassifiées et rendues publiques". Lors d'une audience en Janvier, Wyden poussé plus loin: La remise en question de James Comey, le directeur du FBI, Wyden a cité les rapports des médias que certains associés de Trump avaient des liens avec les Russes qui sont proches de Poutine. Wyden a demandé si Comey pourrait déclassifier des informations sur ce sujet et "libérer le peuple américain". Comey a répondu: "je ne peux pas en parler". L'interrogation de Wyden avait atteint son but.Plus tard, dans une interview, Wyden a dit: "Ma préoccupation croissante est que la classification est maintenant utilisé beaucoup plus pour la sécurité politique que pour la sécurité nationale. Nous voulions que ça sorte avant que la nouvelle administration soit en place. Je ne me souviens pas que sept sénateurs se soient joints à une demande de déclassification". Interrogé pour savoir s'il soupçonne qu'il y a eu un mauvais contact entre la campagne de Trump et les intérêts russes, Wyden a dit: "Je ne peux pas entrer dans ça, sans révéler des informations classifiées, mais ce que je peux vous dire, je continue de croire, comme je l'ai dit depuis plusieurs mois, qu'il ya plus de choses qui pourraient être déclassifiées". Il a ajouté: "Quand une puissance étrangère interfère avec les institutions américaines, vous ne dites pas seulement... Oh, c'est des affaires comme d'habitude", et en rester là. Il y a un impératif historique ici aussi: Après avoir visionné les documents classifiés, Mark Warner, de la Virginie, le classement démocrate sur la commission du renseignement du Sénat, a dit de l'enquête sur l'interférence russe: "Cela peut très bien être la chose la plus importante que je fais dans ma carrière publique".
Deux semaines avant l'inauguration, des agents de renseignement ont informé Obama et Trump au sujet d'un dossier d'allégations non vérifiées compilées par Christopher Steele, un ancien officier du renseignement britannique. Le dossier de trente-cinq pages, qui comprenait les revendications concernant le comportement de Trump lors d'un voyage de 2013 à Moscou, avait été coulé à divers médias par des chercheurs opposés à la candidature de Trump. Le dossier a conclu que la Russie avait matière personnelle et financière sur Trump qui pourrait être utilisé comme moyen de chantage. Il a dit que les Russes avaient "cultivé, soutenu et aidé" Trump pendant des années. Selon des responsables gouvernementaux actuels et anciens, les détails lubriques dans le dossier a généré du scepticisme parmi certains membres de la communauté du renseignement, qui, comme on l'a dit, ont considéré comme un produit "dingue" à présenter à un président. Mais, dans les semaines qui ont suivi, ils ont confirmé certaines de ses revendications moins explosives, relative à des conversations avec des étrangers. "Ils continuent à fouiller des choses du dossier, et, à sa base, beaucoup de ces choses sont déjà confirmées", a déclaré un responsable du renseignement. Certains responsables estiment que l'une des raisons que les russes ont compilé des informations sur Trump lors de son voyage 2013 était qu'il était en réunion avec les oligarques russes qui pourraient aider à planquer de l'argent à l'étranger, un signe de déloyauté vu par les yeux de Poutine.
Trump a dénoncé le dossier comme un faux. Le porte-parole de Poutine la commenté comme étant de la "Fiction pulpeuse" (Pulp fiction). Mais, avant que le dossier ne devienne public, le sénateur John McCain l'a transmis au FBI. Plus tard, certains de ses collègues ont dit qu'il devrait faire partie d'une enquête sur Trump. Richard Burr, un républicain de la Caroline du Nord et le président du Comité du renseignement du Sénat, s'est engagé à enquêter sur "partout où le renseignement nous dit d'aller".Pour beaucoup de responsables de la sécurité nationale, les piratages électroniques faisaient partie d'une image plus profonde et troublante: le désir de Poutine de nuire à la confiance des Américains et de saper les alliances occidentales - diplomatiques, financières et militaires - qui ont façonné le monde d'après la deuxième guerre mondiale.Peu de temps avant de quitter la Maison Blanche, Benjamin Rhodes a déclaré que l'administration Obama était convaincue que Poutine était entré dans un "mode offensif au-delà de ce qu'il voit comme sa sphère d'influence" (ex-URSS et bloc de l'Est), visant à encourager la "dissolution" de l'Union européenne, de déstabiliser l'OTAN et de décevoir l'objet de son ressentiment le plus vif, les États-Unis. "La nouvelle phase dans laquelle nous sommes est que les Russes sont entrés dans une position offensive qui menace l'ordre international". Samantha Power a offert un avertissement similaire, peu de temps avant de quitter son poste en tant qu'ambassadeur des Nations Unies. La Russie, a-t-elle dit, "a pris des mesures qui affaiblissent l'ordre fondé sur des règles dont nous avons bénéficié depuis sept décennies".
Pendant près de deux décennies, les relations entre les États-Unis et la Russie ont varié entre tendues et misérables. Bien que les deux pays aient conclu des accords sur diverses questions, y compris le commerce et le contrôle des armements, le tableau général est sombre. De nombreux experts en politique russes et américains n'hésitent plus à utiliser des expressions comme "la deuxième guerre froide".
Le niveau de tension a alarmé les mains expérimentées des deux côtés. "Ce que nous avons, c'est une situation dans laquelle le chef fort, puissant, d'un État relativement faible agit en opposition aux dirigeants faibles d'États relativement forts", a déclaré le général Sir Richard Shirreff, ancien commandant suprême de l'alliance de l'OTAN. "Et ce leader fort est Poutine". Shirreff observe que le retrait de l'OTAN des forces militaires de l'Europe a été répondu par des agressions russes et par une accumulation considérable de forces dans les environs des États baltes, y compris un groupe de transporteurs d'aéronefs expédiés vers la mer du Nord, un déploiement élargi de missiles balistiques Iskander-M à capacité nucléaire et des missiles anti-navire. Le Kremlin, quant à lui, considère l'expansion de l'OTAN comme une provocation pour les frontières de la Russie, et souligne de telles mesures, comme le placement d'un nouveau système de défense antimissile au sol à Deveselu, en Roumanie.
Robert Gates, qui était secrétaire à la Défense à la fois sus George W. Bush et Barack Obama, décrit les relations entre Obama et Poutine comme ayant été "toxiques" et jette au moins une partie du blâme sur Obama; se référant à la Russie comme une "puissance régionale", comme l'a fait Obama, était "l'équivalent de référence à ISIS comme des joeurs de second niveau" à son avis. "Je pense que la nouvelle administration a un grand défi devant lui en termes d'arrêter la spirale descendante dans la relation États-Unis-Russie tout en repoussant l'agression de Poutine et de sa brutalité en général", a déclaré Gates. "Chaque fois que l'OTAN fait un mouvement ou la Russie fait un mouvement près de sa frontière, il ya une réponse. Où cela s'arrêtera-t-il? Il faut donc arrêter cette spirale descendante. Le dilemme est comment faire cela sans donner à Poutine une victoire sans précédent?"
Certains à Moscou sont alarmés aussi. Dmitry Trenin, un analyste politique et militaire bien desservi pour le Centre Carnegie de Moscou, a déclaré que, en début de l'automne, avant la victoire de Trump, "nous étions sur un cours pour une collision cinétique" en Syrie. Il a dit que le Kremlin a prévu que si Clinton gagnait, elle prendrait une action militaire en Syrie, peut-être la création de zones d'exclusion aérienne, provoquant les rebelles à abattre les avions russes", et d'obtenir les Russes à se sentir à nouveau en Afghanistan"... il a ajouté: "Alors mon imagination m'a quitté"...
C'est depuis plus d'une génération que l'inimitié n'a pas été si profonde, selon Sergey Rogov, le directeur académique de l'Institute for US and Canadian Studies, à Moscou. "J'ai passé de nombreuses années dans les tranchées de la première guerre froide, et je ne veux pas mourir dans les tranchées de la seconde", a déclaré Rogov. "Nous sommes de retour à 1983, et je n'aime pas être de trente-quatre ans plus jeune de cette façon. C'est effrayant!"
3. Le monde de Poutine 
Le ressentiment de Poutine vis-à-vis de l'Occident, et son ambition d'établir un conservatisme anti-occidental, est enraciné dans son expérience de déclin et de chute, non de l'idéologie communiste, qui n'a jamais été une préoccupation centrale de sa génération, et la fierté. Poutine, né en 1952, a grandi à Leningrad où, pendant la Seconde Guerre mondiale, les troupes nazies ont imposé un siège de neuf cents jours qui a affamé la ville. Son père a été grièvement blessé dans la guerre. Poutine a rejoint le K.G.B. En 1975, à l'âge de vingt-trois ans, et finalement envoyé en Allemagne de l'Est.Posté dans l'un des plus gris des satellites soviétiques, Poutine a complètement raté le sentiment d'éveil et d'opportunité qui a accompagné la perestroïka, et n'a connu que la décroissance de l'État. Au moment même où le mur de Berlin a été rompu, en novembre 1989, il se trouvait au sous-sol d'un complexe diplomatique soviétique à Dresde alimentant le feu d'un four du papier de documents ultra-secrets. Alors que la foule allemande menaçait de pénétrer dans le bâtiment, les policiers ont appelé Moscou pour obtenir de l'aide, mais, selon les mots de Poutine, Moscou était silencieux.Poutine est retourné en Russie, où le sentiment du déclin post-impérial persista. L'Occident ne craignait plus le pouvoir soviétique; L'Europe centrale et orientale était au-delà du contrôle de Moscou; et les quinze républiques de l'Union soviétique allaient chacune de leur côté. Un empire façonné par Catherine la Grande et Joseph Staline se dissolvait.
A Moscou, les journalistes occidentaux pourraient organiser des visites de sites d'armes nucléaires en ruine, ou de souterrains secrets, et des camps de prisonniers à demi vides. Les commissaires les plus forts de l'Union soviétique - les dirigeants du KGB, de l'Armée et du Parti communiste - échouèrent en tentant de faire un coup d'État contre-révolutionnaire en août 1991 et furent enfermés dans un fameuse prison appelée le repos marin. D'autres loyalistes de haut rang, refusant le jugement du nouvel ordre, ont administré la justice pour eux-mêmes. Le chef du ministère de l'Intérieur, sachant qu'il était sur le point d'être arrêté, écrivit une note («J'ai vécu honnêtement toute ma vie»), a tiré sur sa femme, a enfoncé le canon d'un revolver dans sa bouche et a tiré sur la gâchette. 
Pour les Occidentaux pris dans le triomphalisme de l'après guerre froide, il était plus facile de prendre note des nouvelles libertés que des nouvelles inquiétudes, profondes pour des millions de Russes. La chute de l'Etat impérial signifiait la perte de deux millions de miles carrés de territoire, un territoire plus grand que l'Inde. Des dizaines de millions de Russes ethniques se sont retrouvés "à l'étranger". Au milieu de nouvelles libertés d'expression, de voyage, de religion et d'association, il y avait aussi un sens palpable de désorientation, d'humiliation et de dérive.
Dans les discours et les entretiens, Poutine mentionne rarement tout sentiment de libération après la chute du communisme et de l'Union soviétique; Il rappelle les années quatre-vingt-dix comme une période de chaos ininterrompue, dans laquelle les partenaires occidentaux ont essayé de forcer leurs avantages, exigeant que la Russie avale toute de l'expansion vers l'est de l'OTAN, à l'invasion de ses alliés slaves dans l'ex-Yougoslavie. C'est un récit commun, mais il ignore certains faits tenaces. L'Ouest a accueilli la Russie dans l'alliance économique du G-8. La violence dans les Balkans était la pire en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et sans intervention aurait probablement traîné. Et les préoccupations russes en matière de sécurité ne sont guère le seul enjeu en ce qui concerne l'expansion de l'OTAN; La Pologne, la Tchécoslovaquie et d'autres pays de la région étaient maintenant souverains et voulaient une protection.
"Cela m'a semblé grotesquement injuste, si ce mot peut être utilisé dans la géopolitique, que encore une fois les Européens centraux allaient être laissés de côté", a déclaré Strobe Talbott, principal conseiller de Bill Clinton sur la Russie et la région. "Pour leur dire qu'ils devaient vivre dans les limbes de la sécurité internationale parce que les Russes pourraient être blessés dans les sentiments, leur orgueil, et être effrayés" ...Néanmoins, les politiciens américains s'inquiétaient comment la réorganisation des arrangements économiques et de la sécurité en Europe affecterait une puissance effondrée et partenaire potentiel. Clinton et ses conseillers étaient conscients que les forces politiques réactionnaires en Russie - la «coalition rouge-brun» soit des communistes acharnés et des nationalistes résurgents - qui considéraient les États-Unis comme exploiteurs et triomphalistes qui espéraient prendre le contrôle de l'État.
En 1996, lors d'une réunion au sommet à Moscou, Clinton est allé faire une promenade du petit matin avec Talbott dans les Sparrow Hills, près de l'Université d'État de Moscou. Clinton avait connu Talbott depuis qu'ils étaient étudiants à Oxford, et a confié son inquiétude. Il n'a pas regretté l'expansion de l'OTAN ou la décision de combattre les forces serbes en Bosnie. Mais il savait qu'il rendait la vie politique d'Eltsine péniblement difficile.
"Nous continuons à dire à Boris, OK, maintenant, voici ce que vous avez à faire ensuite - voici un peu plus de merde pour votre visage", a déclaré Clinton à Talbott alors qu'ils couraient. "Et cela rend vraiment difficile pour lui la situation, étant donné ce qu'il a contre lui et avec qui il est en train de traiter".
Plus tôt cette année-là, Eltsine avait convoqué Talbott. "Je n'aime pas que les États-Unis fassent preuve de supériorité", lui dit-il. "Les difficultés de la Russie ne sont que temporaires, non seulement parce que nous avons des armes nucléaires, mais aussi à cause de notre économie, de notre culture, de notre force spirituelle. Tout cela revient à un fondement légitime et indéniable pour l'égalité de traitement. La Russie va ressusciter! Je le répète: la Russie va se relever".
Quand la saison des élections de 1996 a commencé, Eltsine était sous les 10% dans les sondages. Une grande partie du pays l'a tenu responsable des mesures économiques qui semblaient aider seulement les proches du pouvoir du Kremlin. Pour des millions, la réforme, y compris la «thérapie de choc» poussée par les conseillers et les politiciens occidentaux, signifiait un effondrement des services de base, l'hyperinflation, la corruption, la privatisation kleptocratique et un ralentissement économique aussi grave que la Grande Dépression. La plupart des Russes ne blâmaient pas la corrosion de l'ancien système, mais plutôt la corruption du nouveau. Demokratiya (démocratie) était populairement appelé dermokratiya (merde-ocracy). Eltsine, bénéficiant du soutien des oligarques et du Fonds monétaire international, réussit à obtenir une victoire contre son adversaire communiste, mais il continua à boire abondamment, en dépit d'une histoire de crises cardiaques et, au cours de ses dernières années au pouvoir, était souvent un spectacle désolant, ivre.
Au nouvel an de 1999, Eltsine est apparu à la télévision nationale assis devant un arbre de Noël. En regardant bloqué et moribond, il a dit qu'il démissionnait. "Je suis désolé que beaucoup de nos rêves ne se soient pas réalisés", at-il dit. "Je suis désolé de ne pas être à la hauteur des espoirs des gens qui croyaient que nous pouvions, avec un seul effort, une seule poussée forte, sauter du passé gris, stagnant, totalitaire, vers un avenir brillant, riche et civilisé. Je le croyais moi-même".

Un homme qui avait résisté à un coup huit ans plus tôt n'avait plus l'endurance pour le bureau ou l'imagination politique pour faire avancer la cause. "J'ai fait tout ce que j'ai pu", dit-il. "Une nouvelle génération est à venir". Avec cela, il a nommé comme son successeur Vladimir Poutine, un agent de renseignement relativement obscur qui avait été accélérée dans les rangs parce qu'il s'était montré discipliné, rusé, et surtout fidèle à ses patrons.


L'un des premiers décrets de Poutine consistait à protéger Eltsine contre de futures poursuites. Puis il s'est mis à stabiliser le pays et l'a mis sur un parcours de l'autocratie traditionnelle russe. "Alors que Eltsine a commencé à se retirer, l'ancien système s'est reconsolidé, et Poutine a finalisé cette régression", a déclaré Andreï Kozyrev, ministre des Affaires étrangères entre 1990 et 1996. "Le problème fondamental était l'incapacité d'achever les réformes économiques et politiques, et nous sommes donc retombés dans la confrontation avec l'Occident et l'OTAN".
Poutine a révélé sa méfiance pour un système ouvert presque immédiatement. Il a vu un état qui était devenu à peine fonctionnel, et il a misé sur la restauration de son autorité la seule façon qu'il connaissait: manuellement, et par le haut. Il a remplacé l'anarchie libre du règne d'Eltsine par quelque chose de plus systématisé, en jetant de côté ou la coopération des oligarques des années quatre-vingt-dix, et élever une caste de gouvernants corrompus fidèles à lui, un arrangement qui est devenu Kremlin Inc. Chaque aspect du pays, la vie politique, y compris les médias, a été placée sous le pouvoir vertical qu'il a construit. Quand Eltsine occupait le pouvoir, des stations de télévision privées, comme NTV, ont rendu compte de la terrible guerre en Tchétchénie et ont même fait la satire de Eltsine et d'autres dirigeants du Kremlin sur un spectacle de marionnettes appelé "Kukly". NTV, propriété d'un oligarque nommé Vladimir Gusinsky, semblait mettre à l'épreuve Poutine au début, diffusant des discussions sur la corruption et les violations des droits de l'homme; "Kukly" a ajouté une marionnette représentant le nouveau président. Poutine n'était pas amusé. Dans les cinq mois qui ont suivi la prise du pouvoir, il a envoyé des troupes armées du ministère de l'Intérieur pour attaquer le quartier général de Gusinsky. En 2001, Gusinsky avait été forcé d'abandonner NTV à des propriétaires plus obéissants et avait fui le pays. Depuis, la télévision a été sous contrôle fédéral strict.
Poutine, dans ses premières années au pouvoir, était relativement sollicité de l'Occident. Il a été le premier chef étranger à appeler George W. Bush après la destruction des tours du World Trade Center. Lorsqu'il a parlé au Bundestag, plus tard ce mois-là, il s'est adressé aux membres en allemand, la langue qu'il avait apprise à parler couramment comme agent du KGB à Dresde. Il a même accueilli favorablement la notion d'appartenance de la Russie à l'OTAN.
L'invasion américaine de l'Irak, contre laquelle Poutine s'est opposé, a marqué un changement de sa pensée. Bush a fait quelques progrès avec lui sur des questions bilatérales telles que la prolifération des armes nucléaires, mais en 2007, Poutine avait grandement désenchanté et est venu à sentir que l'Occident considérait la Russie comme un "vassal." Robert Gates rappelle une conférence de sécurité à Munich , En 2007, au cours desquelles Poutine a déclaré avec colère que les États-Unis avaient «outrepassé les frontières nationales dans tous les domaines» et que l'expansion de l'OTAN était dirigée contre les intérêts russes. "Les gens ont été enclins à le transmettre comme un geste isolé", a déclaré Gates. Mais c'était avant-coureur de ce qui s'en venait.
Pour Poutine, c'était une histoire d'espoirs égarés et de rejet: il était convaincu que, peu importe la façon dont il pouvait essayer d'être, les puissances occidentales - les États-Unis, surtout - avaient une réticence innée à traiter la Russie comme un partenaire à part entière et un membre respecté de l'ordre international. À la maison, Poutine était de plus en plus attiré par une conception autoritaire et nationaliste de l'État russe. Il savait que la chute du communisme et du pouvoir soviétique avait laissé le vide - l'absence d'une «idée nationale» pour remplacer le marxisme-léninisme. Lorsque Poutine est retourné à la présidence pour un troisième mandat, en 2012, il a senti le besoin de développer une idéologie russe propre, et a appelé les courants qui courent profondément dans la culture politique russe: le nationalisme, la xénophobie et le conservatisme social. Lorsque, il y a quatre ans, Poutine a approuvé la législation anti-gay, par exemple, il jouait avec des préjugés conservateurs enracinés qui sont antérieurs au communisme soviétique - peut-être pas pour les intellectuels occidentaux et la classe moyenne urbaine, mais pour plusieurs millions d'autres.
Poutine a été grandement surpris par l'ombrage libéral exprimé par l'administration Obama et d'autres gouvernements occidentaux. Cette confrontation était le point, un moyen de cimenter son autorité à la maison en jouant jusqu'à la notion d'un cercle, d'un État russe perpétuellement menacé. Bien que Poutine ait grandi sous l'athéisme soviétique, il a néanmoins condamné les Américains laïques et les Européens pour "rejeter leurs racines, y compris les valeurs chrétiennes qui constituent la base de la civilisation occidentale". Son conservatisme, il a insisté, "empêche le mouvement vers l'arrière et vers le bas, Et un retour à un état primitif".
Il était alarmé par l'adhésion de l'administration Obama aux soulèvements en Tunisie et en Egypte. Et il était furieux de l'assaut mené par les États-Unis contre le régime de Mouammar Kadhafi. Au début de 2011, alors que les Libyens défiaient Kadhafi, Poutine était apparemment en dehors du stade, en tant que Premier ministre; Son protégé Dimitri Medvedev a été président et a pris une décision cruciale de ne pas opposer son veto à une résolution du Conseil de sécurité des États-Unis soutenue par les Américains en faveur d'une action militaire en Libye. En octobre 2011, une foule de Libyens a trouvé Qaddafi caché dans un ponceau avec un pistolet 9 mm plaqué or, il est trainé et tué, et l'événement macabre est diffusé au mode entier. Dans une rare division avec Medvedev en public, Poutine a condamné la décision, comparant la résolution à un "appel médiéval aux croisades". Du point de vue de Poutine, il s'agissait d'une étude de cas dans l'intervention occidentale: susciter des protestations, leur donner un soutien rhétorique et une couverture diplomatique, et, si cela ne fonctionne pas, envoyer les avions de chasse. L'épilogue se présente sous la forme d'une violence incontrôlable et d'une fin sans gloire pour le chef du pays. Selon Mikhail Zygar, l'ancien rédacteur en chef de la station Internet indépendante TV Rain et l'auteur de «Tous les hommes du Kremlin», Poutine a absorbé la mort de Kadhafi comme une leçon: la faiblesse et le compromis étaient inadmissibles. "Quand il était un paria, personne ne l'a touché", écrit Zygar. "Mais dès qu'il s'est ouvert, il a été non seulement renversé, mais tué dans la rue comme un vieil homme galeux".
Kadhafi: C'était rien d'autre qu'un terroriste qui a fait exploser un avion civil au-dessus de Lockerbie, a fait exploser des bars en Allemagne dans les années '80, et son pays s'est rebellé après des années d'oppression en 2011. Avant Ben Laden, ou Baghdadi, Kadhafi était le principal terroriste à sauce islamiste à attaquer des cibles occidentales, à s'en prendre à des civils occidentaux. Sa réponse face au printemps arabe, violente, entraîna des milliers de morts pendant des mois. Ici Poutine encore, appuie un despote violent, un meurtrier de masse et un torsionnaire, et il n'a aucune considération dans sa façon de voir le monde pour les droits de l'homme, l'auto-détermination des peuples, et le droit au peuple de choisir ses dirigeants. Tout est pour lui, un bras de fer à savoir qui contrôle tel pays... comme si dans sa tête, un pays ne pouvait pas être à la fois indépendant, et protégé par une alliance militaire comme l'OTAN.

Poutine a également considéré les manifestations anti-Kremlin, pro-démocratie à Moscou, qui ont commencé en 2011, comme une répétition pour un soulèvement qui a été contrecarré. Avec les bouleversements à l'étranger, ils ont aggravé ses griefs contre l'Occident. Le conseiller à la sécurité nationale d'Obama à l'époque, Tom Donilon, a fait remarquer que les préoccupations de Poutine étaient alors axées sur la stabilité politique intérieure et sur les menaces étrangères perçues. Il était convaincu que «des efforts étaient en cours pour miner son régime», a déclaré M. Donilon. "Dès le début de sa deuxième course comme président, à mon avis, il a amené la Russie à une posture d'hostilité assez active envers les États-Unis et l'Occident". En Septembre 2013, après que Poutine a refusé les demandes de retourner Edward Snowden, Obama a annulé un sommet prévu à Moscou. "La communication a vraiment éclaté après cela", a déclaré Donilon. Il a vu Poutine enlever sans cesse le personnel non-renseignement de son orbite. «Contrairement à la situation chinoise, il n'y a pas de système russe de sécurité nationale», a-t-il déclaré. "Il travaille avec un très petit groupe d'individus, à savoir, des personnes de l'ancien KGB et du FSB".
La dissidence est maintenant effectivement marginalisée. Les candidats à l'opposition sont souvent exclus du vote sur les aspects techniques juridiques et, lorsqu'ils le font, ils sont privés de la couverture médiatique, sans parler des «ressources administratives» dont jouissent les politiciens pro-Kremlin. Une trentaine de journalistes ont été assassinés en Russie au cours des dix dernières années et demie. Les groupes de défense des droits de l'homme qui reçoivent des fonds de l'étranger sont enregistrés à Moscou comme des «agents étrangers». Et la télévision russe contemporaine n'est pas seulement conformiste mais c'est la célébration: "Imaginez que vous ayez deux douzaines de chaînes de télévision et qu'il s'agisse toutes de variantes de Fox News", a déclaré Vladimir Milov, ancien ministre adjoint de l'énergie sous Poutine, maintenant un critique.
Pourtant, ces canaux ne ressemblent guère aux radios soviétiques sombres avec leur langage de bois et des moyens de production miteux. De même que Poutine ne remplit plus les camps de prisonniers avec d'innombrables «ennemis du peuple», comme l'a fait Staline, mais plutôt un exemple effrayant de quelques-uns, comme l'homme d'affaires Mikhail Khodorkovsky ou le groupe Pussy Riot. La propagande s'est mise à jour sur le format des diffuseurs étrangers: émissions de magazines, spectacles criards, quizz, et télé-réalité. Il y a beaucoup de personnages de la vie publique qui ne sont pas autorisés à comparaître sur un talk-show ou un programme d'information. Les Russes peuvent toujours trouver des informations indépendantes sur Facebook et divers sites Web. Les livres et magazines critiques sont disponibles en magasin et en ligne, Écho de Moscou, une station de radio libérale, s'accroche tant bien que mal. Mais, même à l'ère de l'Internet, plus de quatre-vingt pour cent des Russes reçoivent leurs nouvelles de la télévision. La manipulation de la couverture télévisuelle est un facteur crucial dans les cotes de popularité extraordinairement élevées de Poutine, généralement plus de quatre-vingt pour cent, ce que Donald Trump admire et envie.
En octobre 2012, à l'occasion du soixantième anniversaire de Poutine, Dmitry Kiselyov, animateur de "News of the Week", émission de télévision préférée de Poutine, a livré un long éloge au Président: «En ce qui concerne la portée de ses activités , Poutine ne peut être comparé à un seul de ses prédécesseurs au XXe siècle: Staline». NTV a diffusé un documentaire, «Visiter Poutine», qui a envoyé le diffuseur à son bureau et sa maison aux abords de Moscou. Bien que des critiques bien informés aient dit que Poutine vaut des dizaines de milliards de dollars et a vingt résidences à sa disposition, le programme le décrit comme un presque ascète, qui se réveille à huit heures et demie, soulève des poids, nage sur de longues distances, mange un petit déjeuner modeste (jus de betterave, gruau, œufs de caille crus), et travaille tard dans la nuit.
«Tous ces genres télévisés soulignent la stature de Poutine, comme étant au-dessus de tout le monde et de tout, pas seulement le chef ultime, mais l'incarnation de l'État russe», a déclaré Masha Lipman, rédacteur en chef de la revue Counterpoint. L'espace politique le plus important n'est pas celui du Kremlin. C'est l'espace dans le crâne du président.
"Une personne bien connue a dit une fois: Vous pouvez obtenir beaucoup plus avec un mot gentil et un Smith & Wesson que vous le pouvez avec seulement un mot gentil", a dit Poutine dit dans "Président", un long documentaire diffusé sur la télévision d'État en 2015. Plus tard dans le documentaire, l'hôte demande à Poutine s'il pense que l'Occident craint la Russie, parce qu' «autrefois un état défaillant» est maintenant «soudainement un puissant acteur politique». Il appelle Poutine "Le chef, si je puis dire, de la partie conservatrice de la société européenne et américaine".

Poutine accepte les deux prémisses. «Ce qu'on appelle l'establishment, les élites politiques et économiques de ces pays, ils nous aiment seulement quand nous sommes pauvres et debout là avec un bol de mendiant», dit-il. "Dès que nous commençons à parler de nos intérêts et qu'ils commencent à sentir un élément de concurrence géopolitique, eh bien, ils n'aiment pas ça."
En février 2014, quelques heures après que le président Victor Ianoukovitch de l'Ukraine, affaibli par des mois de protestations, a fui Kiev, Poutine a pris la décision d'envahir la Crimée. Il craint que l'Ukraine ne tourne le dos à la Russie et ne se tourne vers l'Europe. C'était une façon pour Poutine de signaler, à haute voix et brutalement, qu'il avait fini d'aller de pair avec l'ordre dirigé par l'Occident. C'était personnel aussi. Michael Morell, ancien directeur adjoint de la CIA, a déclaré que la chute de Ianoukovitch conduit Poutine à s'inquiéter de son propre pouvoir et bien-être: "Cela s'est passé au coeur du monde slave, et il ne pouvait pas permettre qu'il devienne un précédent pour un mouvement similaire en Russie contre lui", a déclaré M. Morell. Il a dû l'écraser.
Poutine et les membres de son cercle ont également vu la guerre civile syrienne comme une occasion d'arrêter une tendance qui avait commencé avec l'invasion de l'Irak et a continué à travers la chute des dictateurs en Egypte et en Libye. Un ancien haut fonctionnaire américain qui a interagi avec les Russes a déclaré: «Il y avait cette période où les États-Unis, selon Poutine, pouvaient utiliser les institutions internationales pour prendre des régimes que nous trouvions offensants, à travers la Libye, et Poutine était déterminé à mettre un pied dans le sol en Syrie, à avoir la Russie à la table, et être capable de résister aux efforts de la communauté internationale pour continuer ce modèle". Comme le ministre russe de la Défense, Sergey Shoigu, a fait remarquer le mois dernier, "La Syrie a contribué à résoudre la tâche géopolitique de briser la chaîne des « révolutions de couleur »". La télévision russe, bien sûr, a couvert le siège d'Alep comme un acte éclairé de libération, libre de toute brutalité ou abus.
Aux États-Unis, la question de savoir quoi faire de la Russie était un point de plus en plus controversé entre le Pentagone et la Maison Blanche. Le gouvernement ukrainien voulait des armes avancées pour aider à combattre les rebelles soutenus par les Russes. Evelyn Farkas, le plus haut responsable politique du Pentagone pour la Russie, a fortement appuyé la demande; Obama et d'autres membres de son équipe de sécurité nationale ont refusé. Au lieu de cela, les États-Unis ont fourni une aide «non-létale», y compris des véhicules, des radars et des blindés. En 2014, Farkas a plaidé en faveur d'une plus grande force américaine, qualifiant les actions de la Russie «d'affront à l'ordre international que nous et nos alliés avons travaillé à construire depuis la fin de la guerre froide».

L'administration a estimé, avec une justification considérable, que l'escalade du conflit provoquerait des représailles de la Russie, pousserait Poutine dans un coin et - puisque Poutine ne laisserait jamais les rebelles subir une défaite au champ de bataille - coûter cher à l'Ukraine. Mais Farkas n'était pas d'accord: "Nous ignorons tout ce que les Russes font en Ukraine parce que, bien, c'est l'Ukraine et les enjeux sont si élevés pour la Russie là-bas. Ils ne le risqueraient pas aux États-Unis". Finalement, elle a renoncé à essayer de convaincre Obama. - J'en avais fini, dit-elle. "J'étais tellement fatiguée de me battre". Elle a démissionné en octobre 2015 et est devenue finalement conseillère politique étrangère de Hillary Clinton, qui avait parfois favorisé l'utilisation de la force militaire quand Obama ne l'avait pas fait. "La chose la plus folle, quand j'ai rejoint la campagne de Clinton, je me suis dit super, je ne vais plus avoir à lutter, parce qu'elle a compris sur la Russie", a déclaré Farkas. "Alors ça a empiré". 
 4. La guerre hybride

Poutine utilise rarement un ordinateur, mais il a déplacé son pays à l'ère numérique. La Russie était autrefois un retard technologique: les Soviétiques ne se connectaient à l'Internet mondial qu'en 1990, et les services de sécurité de l'Etat étaient si troublés par la technologie que, selon «The Red Web», par Andreï Soldatov et Irina Borogan, Relcom, le premier fournisseur de services Internet en Russie, imprime toutes les communications qui ont traversé son réseau. En 1996, cependant, une nouvelle génération de pirates informatiques en Russie avait réalisé la première pénétration dirigée par l'État du réseau militaire américain, volant des dizaines de milliers de fichiers, y compris des dessins militaires, des cartes des installations militaires et des configurations de troupes. En 2008, selon «Dark Territory», une histoire de cyberguerre de Fred Kaplan, les pirates russes ont accompli un exploit que les fonctionnaires du Pentagone ont jugé presque impossible: la violation d'un réseau classé qui n'était même pas connecté à l'Internet public. Apparemment, des espions russes avaient fourni des clés usb à bas prix, stockés avec des virus, à des kiosques de vente près du siège de l'OTAN à Kaboul, pariant, à juste titre, qu'un militaire américain ou une femme en achèterait un et l'inséreraient dans un ordinateur sécurisé. Au cours de la dernière décennie, la cyber-tactique est devenue une composante essentielle des efforts de la Russie pour exercer une influence sur ses voisins.
Un soir au printemps de 2007, le président Toomas Hendrik Ilves d'Estonie était à la maison en utilisant son ordinateur portable. Il avait du mal à se mettre en ligne. Les sites d'information étaient en panne. Les banques étaient en panne. Les sites gouvernementaux étaient en panne. Le président a pensé qu'il devait s'agir d'une sorte de problème technique. "La première réaction n'est pas... nous sommes sous attaque ", il a dit récemment. Mais, après quelques appels, il s'est rendu compte que quelqu'un attaquait l'un des principaux atouts de l'Estonie.

Le berceau de Skype et la maison d'autres entreprises de technologie, l'Estonie est connue dans les milieux technologiques comme "eStonia"; Il est l'un des pays les plus branchés dans le monde. Mais l'Estonie a été impliquée dans un conflit avec la Russie suite à l'annonce du déménagement d'une statue de la Seconde Guerre mondiale d'un soldat soviétique hors du centre de Tallinn, la capitale. Les Estoniens le considéraient comme un symbole d'occupation. Le gouvernement russe avait averti publiquement que le déplacement serait une grave offense à l'histoire et «désastreux pour les Estoniens».
Le 27 avril, la statue fut déplacée. Presque immédiatement, les commentateurs dans les salles de chat en langue russe ont affiché des instructions sur la façon de devenir un «script kiddie», un hacker amateur. Les attaquants n'avaient pas besoin de «pirater» les sites de l'Estonie, exactement; Ils les ont simplement submergés avec un «déni distribué de service» -DDS-assaut, qui a continué pendant deux semaines. Les enquêteurs n'ont jamais identifié la source de l'attaque, mais selon Ilves, qui a quitté la présidence en octobre 2016, estime qu'il s'agissait d'une alliance entre les membres du gouvernement russe et le crime organisé. "Je l'appelle un partenariat public-privé", dit-il ironiquement. "C'était un acteur d'État qui payait des mafiosos".

Bien que l'incident ait à peine été relaté dans les journaux internationaux, il s'agissait d'un événement marquant: une cyberattaque soutenue par l'État à des fins politiques. "Ce que l'Estonie a montré, c'est que la Russie allait réagir d'une manière nouvelle mais agressive, à l'apparence de faiblesses politiques", a déclaré Michael Sulmeyer, un haut responsable du Pentagone chargé de la cyberpolitique sous Obama. "Quel était l'acte offensant? Les Estoniens ont déplacé une statue"...

La Russie acquiert une réputation, dans les milieux de la défense, pour son ambition, son sens technique et sa rapidité. À peine un an après l'attaque de l'Estonie, lors d'un conflit avec la Géorgie sur le territoire de l'Ossétie du Sud, les chars et les avions russes ont traversé le territoire en litige au moment où les pirates informatiques ont brisé cinquante-quatre sites Web au service du gouvernement, des médias et des banques . Ils ont volé l'information militaire et immobilisé l'Internet de la nation. Les officiers géorgiens luttaient pour envoyer des ordres aux troupes, et les citoyens déconcertés n'avaient aucun moyen de découvrir ce qui se passait.
La campagne en Géorgie a été "l'une des premières fois que vous avez vu des opérations terrestres conventionnelles mariées avec la cyberactivité", a déclaré Sulmeyer. "Il a montré non seulement une compréhension que ces techniques pourraient être utiles dans les opérations combinées, mais que les Russes étaient prêts à les faire. Ces gars l'ont mis en place".
Pourtant, les planificateurs militaires russes et les fonctionnaires du Kremlin considéraient la Géorgie comme un échec dans le domaine de la propagande internationale. Bien que la Russie ait prévalu militairement, son récit a été éclipsé par le géorgien dès les premières minutes de la campagne. Pour la Russie, le conflit de cinq jours représentait une «défaite totale dans l'espace de l'information», a déclaré Pavel Zolotarev, général à la retraite de l'armée russe, professeur à l'Académie des sciences militaires. "Notre télévision a montré comment le bombardement a commencé, l'incursion des forces géorgiennes, et ainsi de suite", a déclaré Zolotarev, qui a contribué à la rédaction de la doctrine russe de sécurité nationale dans les années quatre-vingt-dix. "Ces images ont été montrées dans l'Ouest deux jours plus tard - mais comme la Russie faisait du pilonnage, en attaquant la Géorgie". Les généraux russes ont pris cette leçon à cœur et ont commencé à étudier comment utiliser les médias et d'autres instruments pour plus tard, mettre en pratique ce qu'ils ont appris, en Ukraine puis en Syrie.

Les États-Unis, quant à eux, ont eu leur propre succès remarquable en cyberguerre. En 2008, en parallèle avec le renseignement israélien, les États-Unis ont lancé la première attaque numérique contre l'infrastructure critique d'un autre pays, déployant un «ver», nommé Stuxnet, destiné à faire tourner hors de contrôle les centrifugeuses en Iran et à retarder ainsi le développement de son programme nucléaire.

Pourtant, les préoccupations diplomatiques ont empêché certaines mesures actives des États-Unis. L'administration Obama avait une politique de «réinitialisation» (reset button) avec la Russie, forgeant des accords et en coopérant sur des questions spécifiques, malgré une augmentation générale de la tension. "La sécurité informatique était un domaine où nous essayions de travailler avec la Russie", a déclaré Evelyn Farkas, responsable du Pentagone. "C'est de l'ironie... Nous rencontrons leurs gros espions, essayant de développer une sorte de contrôle des armements cybertechnologiques".
Quand Robert Knake est arrivé en tant que directeur de la politique de cybersécurité au Conseil de sécurité nationale, en 2011, la Maison Blanche avait une initiative officielle pour lutter contre le piratage chinois, connue sous le nom Counter-China strategy. Knake a rappelé: «La question était: O.K., maintenant, quel est le plan contre-Russie? Et le plan anti-iranien? » La difficulté résidait dans le fait qu'aux lendemains de Stuxnet, les États-Unis avaient besoin de la collaboration de l'Iran sur les priorités diplomatiques. De 2011 à 2013, les pirates de l'Iran ont soutenu une attaque DDoS soutenue contre des dizaines de banques américaines et de sociétés de services financiers, mais les États-Unis n'ont pas répondu en nature, en partie parce que l'administration négociait avec l'Iran pour freiner son programme nucléaire. "Si nous avions déchaîné la fureur en réponse à cette attaque DDoS, je ne sais pas si nous aurions obtenu un accord avec l'Iran", a déclaré Knake. Dans d'autres cas, l'Administration a refusé de répondre énergiquement afin de pouvoir conserver l'option de déployer des moyens semblables dans d'autres pays. "Tant que nous pensons que nous gagnons plus de valeur de cet ensemble de règles que nous perdons, alors c'est l'ensemble de règles que nous voulons promouvoir", a déclaré Knake.
Une nouvelle doctrine prenait forme, sous laquelle la Russie cherchait à étudier les outils néfastes de l'Occident, telle qu'elle les comprenait, afin de les contrecarrer chez eux et de les mettre en pratique à l'étranger. Une indication de ce qui pourrait ressembler est venu en Février 2013, quand, dans les pages du Courrier Industriel-Militaire, une revue avec un lectorat minuscule mais influent des stratèges militaires russes. Valéry Gerasimov, le chef d'état-major russe, a publié un article intitulé «La valeur de la science dans la prévision». L'article identifiait et recommandait l'adoption d'une stratégie occidentale qui impliquait des tactiques militaires, technologiques, médiatiques, politiques et de renseignement qui déstabiliseraient un ennemi à un coût minime. La stratégie, qui a été appelée «guerre hybride», était un amalgame que les États ont utilisé pendant des générations, mais le texte a pris le statut de légende, et est maintenant connu dans les milieux militaires internationaux comme la doctrine Gerasimov.
Gerasimov a soixante et un ans, et est toujours photographié dans un uniforme militaire raide, vert forêt et avec un froncement de sourcils perpétuellement affaissé. Il s'entraîna en tant que commandant de char, puis monta dans la hiérarchie militaire; Il a dirigé la cinquante-huitième armée pendant la deuxième guerre de Tchétchénie. Dans l'article pour le Courrier militaire-industriel, Gerasimov a suggéré que, dans l'avenir, les guerres seront combattues avec un rapport de quatre à un des mesures non militaires à militaires. Le premier, a-t-il écrit, devrait inclure des efforts pour façonner le paysage politique et social de l'adversaire par la subversion, l'espionnage, la propagande et les cyberattaques. Son essai, écrit à l'ombre du printemps arabe, cite l'anarchie et la violence qui ont éclaté en Libye et en Syrie comme preuve que, face à la combinaison de la pression et de l'ingérence, un «état parfaitement prospère peut, en quelques mois, et même des jours, se transformer en une arène de conflit armé féroce, devenir une victime de l'intervention étrangère, et sombrer dans une toile de chaos, catastrophe humanitaire, et la guerre civile.
Pavel Zolotarev, le général russe à la retraite, a expliqué que, lorsque l'essai de Gerasimov a été publié, "nous étions arrivés à la conclusion, après avoir analysé les actions des pays occidentaux dans l'espace post-soviétique, l'information est un outil très efficace". Auparavant, il fallait utiliser "des méthodes de style grand-père: disperser des tracts, lancer certains documents imprimés, manipuler la radio ou la télévision", a déclaré Zolotarev. "Mais, tout à coup, de nouveaux moyens sont apparus".
Les prescriptions de Gerasimov ont commencé à paraître prophétiques un an plus tard, lorsque la Russie a annexé la Crimée dans une opération rapide qui a surpris les autorités américaines par surprise et a contrevenu au droit international. La propagande russe a suscité un sentiment pro-Moscou dans une population qui se méfiait déjà des dirigeants politiques ukrainiens à Kiev et avait des liens profonds et historiques avec la Russie. Des soldats non identifiés (les soi-disant «petits hommes verts») ont encerclé des bases ukrainiennes en Crimée et, en quelques jours, la Russie avait organisé un référendum organisé à la hâte.
Même avec la montée des nouvelles technologies, la vérité sous-jacente à de telles opérations n'a pas changé. Ils sont moins un moyen d'évoquer quelque chose de rien que de remuer un pot qui est déjà bouillonnant. Aux États-Unis, une stratégie comme le prétendu piratage des démocrates n'était qu'un effort pour approfondir un état actuel de désarroi et de méfiance. "Pour que quelque chose se produise, de nombreux facteurs doivent se réunir à la fois", a déclaré Alexander Sharavin, le chef d'un institut de recherche militaire et un membre de l'Académie des sciences militaires, à Moscou, où Gerasimov parle souvent. "Si vous allez en Grande-Bretagne, par exemple, et dites-leur que la Reine est mauvaise, rien ne se passera, il n'y aura pas de révolution, parce que les conditions nécessaires sont absentes - il n'y a pas de fond existant pour cette opération". "En Amérique, ces conditions préalables existaient".

Alors que les tensions avec la Russie se sont intensifiées sur les conflits en Ukraine et en Syrie, au début de 2014, les États-Unis ont été piqués par une tactique commune dans la politique de Moscou: la fuite tournée en arme. Alors que les États-Unis et l'Union européenne discutaient des détails d'un gouvernement de transition en Ukraine, un assistant du vice-premier ministre russe a tweeté une référence à une conversation écoutée entre YouTube et Victoria Nuland, et son collègue Geoffrey Pyatt, l'ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine. On entend Nuland dire «Fuck the E.U» - une ligne que les Russes savaient qu'elle pourrait causer des difficultés entre les Américains et l'Union Européenne. Le département d'Etat a appelé la fuite "un nouveau plancher dans les échanges avec les russes". Interrogé à savoir s'il y a eu des sanctions appliquées à la Russie suite à cet événement, Michael McFaul, l'ambassadeur à Moscou au cours de l'administration Obama, a déclaré: "Au meilleur de ma connaissance, il n'y en eu aucune et je pense que c'était une erreur".
Le conseiller d'Obama Benjamin Rhodes a déclaré que l'agressivité de la Russie s'était accélérée depuis les premières manifestations sur la place Maidan, à Kiev. "Quand les livres d'histoire sont écrits, on dira que lors des quelques semaines à Maidan s'est déroulée une confrontation du style de la Guerre froide, à une affaire beaucoup plus grande", at-il dit. "La volonté de Poutine de ne pas se conformer à quelque norme qui soit, est passée du niveau provocateur, à irrespectueux de toute frontière internationale".

À l'automne 2014, un groupe de piratage connu sous le nom de Dukes est entré dans un système informatique non classifié au Département d'Etat des États-Unis et a acquis assez de contrôle pour que, comme l'a dit un officiel, ils "possédaient" le système. Dans les cercles de sécurité, les Dukes - également appelés Cozy Bears - sont dirigés par le gouvernement russe. On sait très peu de choses sur la taille et la composition de l'équipe russe de cyberguerres d'État. En 2013, le ministère russe de la Défense a annoncé qu'il formait des bataillons «scientifiques» et des «opérations d'information». Oleg Demidov, expert en sécurité de l'information et cybercriminalité, et consultant au PIR-Center, un institut de recherche à Moscou, a déclaré: "À l'époque, cette idée a été accueillie par le rire. Mais c'était quelque chose de réel, ces unités étaient effectivement formées, et dotées de diplômés des principales universités techniques du pays". L'année suivante, l'armée russe a élargi son recrutement public de jeunes programmeurs; Les publicités des médias sociaux pour l' «Escadron de recherche de la Fédération de Russie» représentaient un soldat déposant un fusil et se tournant vers un clavier, accompagné d'une bande-son de métal lourd.
Un colonel retraité KGB a récemment déclaré au magazine Ogonyok que la Russie avait environ un millier de personnes travaillant dans les opérations militaires et de sécurité en ligne. Selon un rapport détaillé publié en novembre dernier dans la prestigieuse publication en ligne Meduza, plusieurs centaines de spécialistes techniques ont quitté des entreprises commerciales pour travailler pour des équipes dirigées par le gouvernement. Un porte-parole du ministère de la Défense a refusé de confirmer tous les détails, disant à un correspondant de Meduza que le sujet est secret, "afin que personne ne puisse voir comment nous pourrions appliquer ces méthodes", et l'avertissement contre la publication: "Ne risquez pas de faire quelque chose de plus-ne vous mettez pas en ligne de mire".

Après avoir pénétré le département d'État, les Dukes sont passés au réseau informatique non classifié qui sert le bureau exécutif du président. En février 2015, l'intensification croissante des intrusions russes dans des cibles politiques sensibles avait suscité des alarmes à Washington, et Clapper, le directeur de l'intelligence nationale, a déclaré à une audience du Sénat que le "La cybercriminalité russe est plus grave que nous l'avons déjà évalué".
Les responsables européens font part de leurs préoccupations similaires. La Direction générale de la sécurité extérieure, l'agence d'espionnage française, serait inquiète que des espions russes, des pirates informatiques et d'autres personnes travaillent pour aider Marine Le Pen, candidate présidentielle du Front national à l'extrême-droite. Les médias d'État russes ont suggéré que l'un de ses adversaires, Emmanuel Macron, est un outil de banques américaines et a un amant secret gay. Le Pen, dont le parti a reçu des prêts d'une banque russe, a franchi la ligne du Kremlin sur la Crimée, en disant que le territoire a toujours fait partie de la Russie.
Bruno Kahl, le chef de l'agence de renseignement étrangère allemande, a exprimé son inquiétude devant le fait que les pirates russes cherchent également à perturber la scène politique allemande, où la chancelière Angela Merkel se présente comme un fidèle partisan de l'OTAN et de l'UE. Citant l'ingérence de la Russie dans les élections américaines, Kahl a déclaré au journal Süddeutsche Zeitung: «Les auteurs sont intéressés à délégitimer le processus démocratique en tant que tel, peu importe qui cela finit par aider». Le directeur de l'agence allemande de renseignement domestique a depuis averti «On dispose d'une preuve croissante des tentatives d'influencer les élections fédérales». Il a dit au Times qu'il y avait déjà une augmentation du «cyberespionnage agressif» destiné aux politiciens allemands.
Lorsque les Dukes ont tourné leur attention vers le Comité national démocratique, en 2015, le but évident était d'exploiter les divisions entre les membres du Parti. En septembre, un agent du FBI a appelé le DNC et l'a informé que son réseau informatique semblait avoir été piraté. L'agent a été transféré au service d'assistance, où un technicien de support a pris note de l'information, vérifié Google pour des informations sur «les Dukes», et a effectué une vérification de base pour la preuve de piratage. L'agent du FBI a laissé des messages de suivi en octobre mais n'a jamais visité le bureau, et le DNC a échoué à monter une défense à la mesure.

En mars 2016, la menace était incontournable. Les experts en cybersécurité ont détecté un deuxième groupe de pirates russes, connus sous le nom de Fancy Bear, qui ont utilisé des messages de "hameçonnage" pour casser des comptes appartenant à John Podesta et à d'autres responsables du parti démocrate. Comme Bear Cosy, Fancy Bear avait laissé une trace autour du globe, avec sa signature technique visible dans les cyberattaques contre le parlement allemand, les systèmes d'artillerie ukrainiens et l'Agence mondiale antidopage. "Je n'ai jamais vu un groupe qui ne change pas son style de travail après qu'il a été détecté", a déclaré Ilya Sachkov, qui dirige une importante société de cybersécurité à Moscou. Charles Carmakal, un spécialiste de FireEye, une organisation de cybersécurité qui avait déjà étudié les groupes de piratage impliqués dans l'opération électorale, a déclaré que les hackers sophistiqués laissent souvent des traces. "Même les meilleures équipes font des erreurs, et, souvent, les gars qui sont des grands du piratage ne sont pas des médecins légistes qui savent aussi faire des investigations et comprendre tous les traces qu'ils laissent sur une machine".
En fin de compte, l'attaque n'a pas exigé une grande expertise. Obtenir l'accès à un compte de courrier électronique par hameçonnage est plus proche de cambrioler une voiture avec un cintre que de construire une cyber-arme complexe comme Stuxnet. Oleg Demidov, l'expert en sécurité de l'information, a déclaré que, d'un point de vue technique, le piratage était «médiocre typique, totalement standard, rien d'exceptionnel». La réalisation, du point de vue de Demidov, était la "connaissance de quoi faire avec cette information, une fois qu'elle a été obtenue".
Le 22 juillet, trois jours avant la Convention nationale démocrate, WikiLeaks a publié près de vingt mille courriels, dont le plus dommageable a suggéré que le DNC, bien que formellement impartial, essayait de saper la campagne de Bernie Sanders. Dans un e-mail, la présidente du DNC Debbie Wasserman Schultz, a dit de Sanders: «Il ne va pas être président». Sa démission a peu contribué à apaiser la colère du public qui était alimentée par les thèmes du secret, du populisme et des privilèges - déjà une partie de l'arsenal de Trump contre Clinton. Quelques mois plus tard, Wasserman Schultz reprochait au FBI de ne pas avoir réagi plus agressivement au piratage. "Comment passent-ils des mois seulement à communiquer par téléphone avec un sous contractant I.T.?" dit-il dans une interview. "Quel était leur protocole? Quelque chose doit changer, parce que ce ne sera pas la dernière fois que nous verrons ceci".
La présidente intérimaire de la DNC, Donna Brazile, avait travaillé sur sept campagnes présidentielles, mais elle n'était pas préparée pour le niveau de colère, y compris les menaces de mort, dirigé vers le personnel et des donateurs du DNC. «Je suis du Sud et j'ai suivi les campagnes traditionnelles où tout le monde a pu vous appeler le mot en N, le mot en B, ou le mot en C», dit-elle. "Mais ce n'était pas le type habituel d'antipathie que vous trouvez dans la politique américaine. C'était autre chose". Quelqu'un a créé un faux compte de messagerie électronique en son nom et envoyé des messages à un journaliste au Times. «C'était la guerre psychologique à son meilleur», dit-elle. (CNN, où Brazile avait été commentateur, a coupé les liens avec elle quand les courriels piratés ont révélé qu'après avoir assisté à des sessions de stratégie de réseau, elle a partagé des questions potentielles de débat avec la campagne de Clinton).
Tandis que les fonctionnaires de l'administration Obama se débattaient avec la façon de répondre aux cyberattaques, il commença à se lever sur eux un torrent de "fausses nouvelles" rapports sur Hillary Clinton, générés en Russie et par les médias sociaux - un phénomène qui pourrait être beaucoup plus dommageable. "Les Russes sont devenus beaucoup plus intelligents depuis les jours de loue-une-foule et de tracts poubelles", a déclaré un fonctionnaire de l'administration Obama. «Au cours de l'été, quand cela comptait vraiment, quand la stratégie russe des médias sociaux se produisait, nous n'avions pas la totalité de l'image. En octobre, quand nous l'avions, il était trop tard.Dans les semaines après que WikiLeaks a libéré les courriels du DNC, John Mattes, un organisateur de Bernie Sanders qui a dirigé une page Facebook pour les supporters à San Diego, a remarqué une flambée de nouveaux adhérents avec de faux profils. Un «Oliver Mitov» n'avait pratiquement pas d'amis ni de photographies, mais appartenait à seize groupes pro-Sanders. Le 25 septembre, Mitov a posté à plusieurs pages de pro-Sanders: «NOUVELLE FUITE: Voici qui a ordonné à Hillary de laisser les 4 hommes à Benghazi! -USAPoliticsNow.» C'était une histoire sans fondement alléguant que Clinton avait reçu des millions de dollars de la famille royale saoudienne. Mattes a déclaré: "Les nouvelles fausses ont déprimé et découragé un certain pourcentage des électeurs Bernie. Quand je me suis rendu compte, j'ai dit: on nous a utilisé".

Une étude post-électorale de deux économistes, Matthew Gentzkow, de Stanford, et Hunt Allcott, de l'Université de New York, a constaté que, dans les trois derniers mois de la campagne, les histoires fabriquées pro-Trump ont été partagées quatre fois plus souvent que celles pro-Clinton. Les chercheurs ont également constaté qu'environ la moitié des lecteurs d'une histoire de fausses nouvelles le croyaient. Une étude menée par Philip N. Howard, un spécialiste en études Internet à l'Université d'Oxford, a constaté que, lors du deuxième débat des élections générales, automatisé comptes Twitter, connus sous le nom de «bots», a généré quatre tweets en faveur de Trump pour tous ceux en faveur de Clinton, conduisant les messages de Trump au sommet des thèmes tendance, qui moulent les priorités des médias. Les chercheurs d'internet et les agents politiques estiment qu'un grand nombre de ces bots étaient alignés sur des individus et des organisations soutenues et parfois financées par le Kremlin.
Le 7 octobre, WikiLeaks a publié la première tranche d'un total de cinquante mille courriels du compte de Podesta. Depuis que WikiLeaks a gagné en importance, en 2010, en déposant des documents secrets du gouvernement américain, son fondateur, Julian Assange, s'est réfugié à l'ambassade équatorienne à Londres pour éviter une enquête suédoise sur le viol qu'il considère comme un prétexte à un effort américain pour l'extrader. Il est resté politiquement franc, accueillant un spectacle à la télévision russe pendant un certain temps et critiquant plus tard la candidature de Clinton, en écrivant, en février 2016, qu'elle «poussera les États-Unis dans des guerres interminables et stupides qui propagent le terrorisme».WikiLeaks a publié un nouveau lot de courriels presque tous les jours jusqu'à l'élection. Les journalistes ont couvert le contenu des messages, des extraits des discours hautement payés de Hillary Clinton, des discussions internes sur les déclarations de Clinton sur Benghazi, des luttes intestines contre la Fondation Clinton sur les risques politiques des dons étrangers, et Podesta croit que l'impact des individus Histoires a été amplifié par la manipulation sur les médias sociaux. La campagne de Clinton a essayé de changer le focus des détails dans les e-mails au fait qu'ils avaient été piratés. Cet argument était en grande partie futile. "Vous ne voyez pas la pleine mesure à l'époque", a-t-il dit. "Mais c'est corrosif et ça ronge en dessous."

Certains aides de Clinton soupçonnent Roger Stone, conseiller de Trump, aurait conseillé WikiLeaks sur le moment optimal pour publier les révélations. Six jours avant le début des fuites, Stone a tweeté, "@ HillaryClinton est finie. #Wikileaks". Stone a dit qu'il était flatté par le soupçon, mais a nié qu'il avait donné le conseil groupe. Il a dit qu'il avait simplement été alerté des fuites par un «ami commun» avec Assange: «Et on m'a dit que les informations qu'il avait seraient dévastatrices pour Hillary. On ne m'a pas dit le sujet ». Stone a été parmi ceux nommés dans les reportages sur la preuve que les associés Trump avait eu des échanges avec les responsables du renseignement russe. Selon Stone, il n'a pas été contacté par le FBI, et de tels soupçons sont sans fondement. («S'ils ont des preuves d'un crime, inculper quelqu'un, dit-il, je n'ai pas été en contact avec quelqu'un en Russie, je n'ai jamais été en Russie, je ne connais pas de Russes.

J'ai mieux: Pendant 2-3 semaines en août, l'entourage de Trump questionnait l'état de santé de Hillary Clinton, à ce moment, elle menait sa campagne sans problème... Ils se demandaient si elle avait la force pour diriger... C'est alors qu'au bon moment, en quelques jours, Clinton apparaît malade, puis doit se retirer plusieurs jours, victime d'une vigoureuse et singulière pneumonie d'été. Avec ce que l'on sait aujourd'hui, le scénario d'une contamination volontaire de la candidate m'apparaît plausible, même très envisageable.

Scénario par étapes, scénario parfaitement emboîté. La preuve a été faite que les services russes ont déjà contaminé, empoisonné, des opposants et dirigeants étrangers hostiles, dont au polonium où à l'agent orange. Une grippe, une mauvaise infection au pneumocoque... c'est pas tellement difficile à inoculer, pas très suspect, ni mortel de conséquence sur quelqu'un en relative santé... mais ça peut arriver tellement à point...
La campagne de Clinton faisait beaucoup d'erreurs tactiques, sans aide étrangère, et Trump atteignait les électeurs ouvriers blancs beaucoup plus efficacement que ce que les médias traditionnels ont observé. Mais, de l'avis de Podesta, les courriels piratés ont causé de lourds dégâts à la campagne, car ils ont relancé une responsabilité pré-existante, l'histoire non liée à l'utilisation par Clinton d'un serveur de messagerie privé. "Il a façonné le fil de nouvelles de Facebook", at-il dit. "Il a gardé l'affaire des courriels de l'avant et au centre de l'attention, même à une ébullition très lente. Il y avait juste un nuage sombre sous la bannière des courriels".

Le vendredi 28 octobre, directeur du FBI, James Comey, a annoncé que les nouveaux courriers électroniques de Clinton avaient fait surface, dans un cas non relié. Podesta a déclaré: «Ce n'est que ce vendredi, à onze jours, que vous voyez un grand mouvement de l'opinion publique. Le groupe de l'électorat qui se déplaçait le plus était celui des femmes n'ayant pas d'études universitaires. Je pense particulièrement que la poussée des nouvelles fausses dans les dernières semaines était importante dans les endroits qui importaient. Lorsque vous perdez par un total de soixante-dix mille voix dans trois États, il est difficile de dire si une chose a fait la différence. Tout fait la différence. Je pense que cela a certainement eu un impact. L'interaction entre tout cela et le FBI a créé un vortex qui a produit le résultat".
5. La théorie de la turbulence

La hiérarchie politique russe et la presse officielle ont salué l'Inauguration de Trump avec une joie sans réserve. Un vieux ordre s'était écroulé et, avec lui, un obstacle aux ambitions de Poutine. "En 1917, les partisans armés de Lénine ont pris d'assaut le Palais d'Hiver et ont arrêté les ministres capitalistes et renversé l'ordre social et politique", a commenté l'article principal du quotidien Moskovski Komsomolets. "Le 20 janvier 2017, personne à Washington ne prévoyait d'envahir le Congrès ou la Maison Blanche et d'accrocher des membres éminents de l'ancien régime à des lampadaires, mais le sentiment de l'élite politique américaine, en particulier la partie libérale, n'est pas différent de celui de la bourgeoisie russe il y a cent ans".
Dans "News of the week", l'hôte Dmitry Kiselyov a rejeté les accusations que Trump était un raciste comme un «mythe infondé», et les remarques sexistes et prédatrices du nouveau président comme rien de plus qu'une «minute d'impulsivité». Trump est, dit Kiselyov, «ce que nous appelons dans notre pays un muzhik», un vrai homme. "Le premier jour de sa présidence, il a retiré du site officiel de la Maison Blanche la section protégeant les droits des gais et des lesbiennes. Il n'a jamais soutenu cela. Il était toujours derrière les valeurs de la famille traditionnelle.
Aucun analyste raisonnable ne croit que les mesures actives de la Russie aux États-Unis et en Europe ont été la force dominante derrière l'ascension de Trump et des politiciens nationalistes en Europe. Le ressentiment des effets de la mondialisation et de la désindustrialisation est bien plus important. Mais beaucoup d'Européens occidentaux craignent que l'Occident et ses alliances et institutions d'après-guerre ne soient menacés, et que Trump, qui a exprimé des doutes sur l'OTAN et fait allégeance au Brexit et à des mouvements anti-européens similaires, ne peut pas être compté. Bien que le secrétaire d'Etat Rex Tillerson et le secrétaire à la Défense James Mattis aient exprimé leur soutien aux alliances traditionnelles, Trump reste totalement admiratif de Poutine. "Trump change la situation du point de vue de l'OTAN", a déclaré le général Shirreff. "La grande peur est la stérilisation de l'OTAN et le découplage de l'Amérique de la sécurité européenne. Si cela se produit, cela donne à Poutine toutes sortes de possibilités. Si Trump recule la façon dont il semblait être un candidat, vous pourriez même ne pas avoir besoin de faire des choses comme envahir les États baltes. Vous pouvez tout simplement les dominer de toute façon. Vous commencez à voir l'effondrement des institutions construites pour assurer notre sécurité. Et si cela se produit, vous verrez la re-définition de l'Europe dans son ensemble".

«Combien de temps Angela Merkel tiendra-t-elle contre Donald Trump?», A demandé Stephen Sestanovich, conseiller pour la Russie auprès des administrations Reagan et Clinton. «Elle est déjà toute seule en Europe. Poutine va ressembler à la puissance dominante en Europe». Der Spiegel a publié récemment un éditorial étonnant qui reflète le désarroi général en Europe, et le déclin du prestige américain depuis l'élection de Trump. Le nouveau président, dit-il, devient "un danger pour le monde" que l'Allemagne doit se lever contre. 
Strobe Talbott, l'ancien conseiller de Clinton, a déclaré: «Il ya un danger très réel non seulement que nous allons perdre une deuxième guerre froide - ou d'avoir à la refaire et puis la perdre - mais que la perte sera en grande partie à cause d'une amitié perverse, le respect presque insondable que Trump a pour Poutine." Talbott croit que Trump, en montrant si peu d'égards pour les institutions établies par l'Occident politique dans les dernières soixante-dix années, met le monde en danger. Interrogé sur les conséquences de «perdre» un tel conflit, Talbott a déclaré: «La réponse qui n'est pas tout à fait apocalyptique, c'est qu'il faudra des années, des années et des années pour revenir là où nous, les États-Unis, nous les champions de l'ordre mondial libéral - étions il y a cinq ans ». Un scénario encore plus grave, selon Talbott, serait un «démembrement», dans lequel nous retournons vers « un monde agressif avec une instabilité et des conflits constants même si ce n'est pas des conflits nucléaires. Mais, avec la prolifération des puissances nucléaires, il est facile de voir cela se dérouler aussi dans cette direction ».  

Andrei Kozyrev, qui a servi comme ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Eltsine, vit maintenant à Washington, DC. Il a quitté la Russie comme elle est devenue de plus en plus autoritaire; Il voit maintenant un modèle inquiétant similaire dans son pays d'adoption. «Je suis très inquiet,» dit-il. "Ma peur est que c'est probablement la première fois dans ma mémoire que nous avons le même genre de personnes des deux côtés - au Kremlin et à la Maison Blanche. Les mêmes personnes. C'est probablement la raison pour laquelle ils s'aiment. Ce n'est pas une question de politique, mais c'est qu'ils pensent qu'ils sont semblables. Ils se soucient moins de la démocratie et des valeurs, et plus pour le succès personnel, ce qui les définis".
Bien que la preuve de l'ingérence de la Russie semble convaincante, il est trop facile de permettre qu'un tel récit devienne le principal récit de l'ascension de Trump - une façon d'expliquer la présence d'un homme si étranger et déroutant à une grande partie de la population en rendant en quelque sorte étranger. En vérité, il est un phénomène fabriqué par l'Amérique.
Dans le même temps, le style de gestion de Trump en tant que président a été si chaotique, si improvisé, que le feu quotidien obscurcit parfois ce qui l'a mis en place. "Poutine aime des gens comme Tillerson, qui font des affaires et ne parlent pas des droits de l'homme", a déclaré un ancien conseiller politique russe. L'administration Trump, notamment, n'a rien dit lorsqu'un tribunal russe - les tribunaux sont bien placés sous le contrôle de Poutine - a trouvé Alexei Navalny, un militant anti-corruption et le seul rival sérieux de Poutine à l'élection présidentielle de l'an prochain, débouté une autre fois, d'accusations de fraudes, ce qui peut le garder hors de la course. Les Russes voient des visages amicaux dans l'administration américaine. Tillerson, en tant que président d'ExxonMobil, a fait "des transactions massives en Russie", comme l'a dit Trump. Il a formé une relation particulièrement étroite avec Igor Sechin, qui est parmi les conseillers les plus proches de Poutine, et qui a fait fortune en tant que directeur général du consortium pétrolier d'état, Rosneft. Le premier conseiller de sécurité nationale de Trump, Michael Flynn, a été payé quarante mille dollars par la station de propagande russe RT pour figurer à l'un de ses dîners, où il s'est assis à côté de Poutine.

L'administration Obama, dans ses derniers jours, avait riposté contre le piratage russe en expulsant trente-cinq responsables russes et en fermant deux propriétés diplomatiques. Le Kremlin promettait une punition "réciproque", et l'intelligence américaine prit les premières mesures pour envoyer de nouveaux fonctionnaires à Moscou pour remplacer ceux qui étaient expulsés. "Les gens étaient déjà dans les avions", a déclaré un fonctionnaire américain du renseignement. Mais le 30 décembre, Poutine a dit qu'il ne riposterait pas. Pour comprendre le brusque retournement, l'intelligence américaine a scruté les communications impliquant Sergey Kislyak, ambassadeur de Russie aux États-Unis, et a découvert que Flynn avait eu des conversations avec lui, qui a touché à l'avenir des sanctions économiques. (Jared Kushner, le beau-fils de Trump, a rencontré Kislyak dans la Trump Tower pendant la transition, le but, selon la Maison Blanche, était d'établir «une ligne de communication plus ouverte à l'avenir»). Flynn a donc démissionné au moment de la nouvelle qu'il avait menti au vice-président Mike Pence au sujet de ces échanges.
Mike Flynn payé 40 000 $ pour "figurer" à la table de Poutine le 10 décembre 2015... ensuite nommé responsable de la sécurité nationale, puis forcé de démissionner...
Trump a rendu des comptes risiblement incohérents de ses propres liens avec la Russie. Quand il était à Moscou pour le concours Miss Univers en 2013, et un intervieweur pour MSNBC lui a demandé au sujet de Poutine, il a dit: "J'ai une relation et je peux vous dire qu'il est très intéressé par ce que nous faisons ici aujourd'hui"... Lors d'un déjeuner du National Press Club, il a rappelé: "J'ai parlé indirectement et directement avec le président Poutine, qui n'aurait pas pu être plus agréable". Pendant la campagne présidentielle, il a dit: "Je n'ai jamais rencontré Poutine, je ne sais pas qui il est" et Trump a tweeté qu'il n'a "rien à voir avec la Russie". En 2008, son fils Donald, Jr., a déclaré que "les Russes constituent une portion assez disproportionnée de beaucoup de nos avoirs". Lors d'une conférence de presse le 16 février, Trump s'est fait demander, encore une fois, si quelqu'un dans sa campagne avait été en contact avec la Russie, et il a dit: «Personne que je connais». Il a appelé les rapports des contacts russes «une ruse», et dit: «Je n'ai rien à voir avec la Russie, je n'ai pas fait un appel téléphonique à la Russie depuis des années. Je ne parle pas aux Russes». Le lendemain, le Comité du renseignement du Sénat a officiellement conseillé à la Maison Blanche de conserver tout ce qui pourrait éclairer les contacts avec les représentants russes, tout effort visant à masquer ces contacts pourrait constituer un crime.
Vers la mi-février, les agences de renseignement et d'application de la loi avaient accumulé de multiples exemples de contacts entre les Russes et les associés de Trump, selon trois officiels actuels et anciens des États-Unis. Les communications interceptées entre les responsables russes du renseignement incluent une référence fréquente à Paul Manafort, président de campagne de Trump pendant plusieurs mois en 2016, qui avait précédemment travaillé comme consultant politique en Ukraine. "Qu'il le sache ou non, Manafort était toujours à l'affût de l'intelligence russe", a déclaré l'un des responsables. Les enquêteurs sont susceptibles d'examiner Trump et plusieurs de ses associés-Manafort; Flynn; Stone; un conseiller en politique étrangère, Carter Page; l'avocat Michael Cohen- pour les éventuels enchevêtrements illégaux ou non éthiques avec le gouvernement russe ou les représentants d'entreprises."Pour moi, la question pourrait finalement aboutir à cela", a déclaré Celeste Wallander, conseiller principal du président Obama sur la Russie. "Poutine exposera-t-il les échecs de la démocratie américaine ou exposera-t-il par inadvertance la force de la démocratie américaine?"

La théorie de travail parmi les officiels du renseignement impliqués dans le cas est que l'approche russe - y compris le piratage, la propagande, et les contacts avec les associés de Trump - était une improvisation plutôt qu'un plan de longue date. Le fonctionnaire a déclaré: "Après les élections, il y avait beaucoup de communications de l'ambassade" - à Moscou - se disant "stupéfaits", "qu'est-ce que nous faisons maintenant?"Au début, des membres de l'élite russe ont célébré la disparition de Clinton de la scène, et la nouvelle dérive vers un populisme "America first" qui laisserait la Russie tranquile. La chute de Michael Flynn et la perspective d'audiences au Congrès ont cependant tempéré l'enthousiasme. Fyodor Lukyanov, le rédacteur en chef d'un journal de la politique étrangère de premier plan à Moscou, a déclaré que Trump, face à la pression des enquêtes du Congrès, de la presse, et les agences de renseignement, pourrait maintenant être "un président républicain beaucoup plus ordinaire qu'on l'aurait d'abord pensé". En d'autres termes, Trump pourrait conclure qu'il n'a plus la latitude politique de mettre fin aux sanctions contre Moscou et d'accommoder les ambitions géopolitiques de la Russie. Comme signe de l'humeur changeante à Moscou, le Kremlin a ordonné aux diffuseurs de télévision russes d'être plus réservés dans leur couverture du nouveau président.
Konstantin von Eggert, commentateur politique et animateur à la télévision russe, a entendu un ami d'un journal de presse appartenant à l'Etat qui avait déclaré qu'un décret était arrivé, disait-il, "réduit à une phrase: pas plus de Trump". Le message implicite, Von Eggert a expliqué, "n'est pas qu'il y aura maintenant une couverture négative, mais qu'il devrait en avoir beaucoup moins, et plus équilibré". Le Kremlin a apparemment décidé, dit-il, que les médias d'État russes risquaient de regarder "trop ​​fanfarons dans leur attitude avec Trump, que tout ce champagne nous a fait paraître ridicules, oublions donc Trump pendant un certain temps, réduisons les attentes si nécessaire, puis réinventons son image selon les nouvelles réalités".
Alexey Venediktov, le rédacteur en chef d'Echo de Moscou, et une figure avec de profonds contacts au sein de l'élite politique russe, a déclaré: "Trump a été attrayant pour les gens dans l'establishment politique de la Russie comme un perturbateur de la paix pour leurs homologues politiques américains". Venediktov a suggéré que, pour Poutine et ses proches, tout soutien que l'État russe a fourni à la candidature de Trump était un mouvement dans une rivalité de longue date avec l'Occident; Aux yeux de Poutine, c'est la préoccupation stratégique la plus urgente de la Russie, qui est antérieure à Trump et elle durera. La Russie de Poutine doit trouver des moyens de rattraper sa faiblesse économique et géopolitique; ses leviers traditionnels d'influence sont limités et, si ce n'était pas pour un arsenal nucléaire formidable, on ne sait pas à quel point elle serait une puissance mondiale importante. "Alors, nous devons créer des turbulences à l'intérieur même de l'Amérique", a déclaré Venediktov. "Un pays qui est assailli par la turbulence se referme sur lui-même et les mains de la Russie sont libérées".

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Bravo pour l'intérêt à ceux qui auront lu au complet! Mais je crois que ça en valait la peine.

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